Tourisme individuel V/S Tourisme de masse

Sur un certain nombre de forums de voyages, on peut lire des critiques amères sur le tourisme de masse.

J'observe également sur certains forums une tendance régulière aux propos violents, voire injurieux à l'égard de personnes qui demandent des informations concernant des agences locales, des locations de  voitures avec chauffeurs,  parce qu'il serait de "bon ton" de voyager en solo avec le sac à dos et les transports locaux. (Principalement sur les forum du Routard et de Voyage Forum, la plupart des autres ayant des médiateurs qui veillent au respect des personnes)


De nombreux voyageurs individuels s'imaginent être à l'opposé du tourisme de masse, se flattant d'être l'archétype du "bon" voyageur. 

Et pourtant ....avec le tourisme "tendance" qui se veut individuel (les road trip comme ils disent) on assiste à une transformation irréversible d'un certain nombre de destinations. Cette masse de touristes individuels "sac à dos" a fini par imposer son mode de vie même dans les coins les plus reculés du globe. L'Asie du Sud Est leur paient un cher tribut.


Le tourisme de masse est une stratégie commerciale destinée aux groupes, comme aux individuels.

Ce sont les T.O. (Tours Opérateurs), les restaurants, les hôtels, les commerces, les guides et les magazines à la mode qui créent, engendre et traitent le tourisme en terme de masse. Les clients font ce qu'ils peuvent avec ce qu'ils ont.

J'ai eu la chance de pratiquer toutes les formes de tourisme : la route avec le sac à dos, le circuit organisé, le circuit accompagné, le voyage individuel, en stop, en train, en bus, en charters, en avions de lignes, avec hébergement en guesthouses, mais aussi dans les salles d'attente de gare ou dans la nature, chez l'habitant, en gîte, en hôtel de charme et en hôtel de luxe, en fonction de mes envies, des opportunités, de certaines contraintes parfois.

Toutes les formules ont leurs avantages et leurs inconvénients.

La plupart des critiques réduisent le tourisme de masse aux voyages collectifs en grands groupes, avec des participants qui n'auraient pas de savoir vivre, qui ne sauraient pas s'adapter, ni entrer en contact avec les populations locales, ni se perdre dans la foule ou profiter d'un pays en profondeur.

A tel point que beaucoup d'agences de tourisme en font un argument publicitaire : "hors des sentiers battus", "loin du tourisme de masse" etc...comme s'il était honteux de voyager en groupe ou en bus.

Beaucoup d'individuels s'imaginent qu'avoir passé 8 heures dans un train ou un bus local est synonyme d'immersion dans la vie indigène, qu'avoir mangé un beignet ou une soupe sur un trottoir ou un marché, ou que se balader en punjabi, en djelaba ou en sarouel , avec un châle en faux pashmina jeté sur les épaules, ou avec des tresses rasta, est un signe d'intégration.

La réalité est qu'ils ont passé 8 heures dans un moyen de transport, qu'ils ont mangé un beignet dans une gargote populaire, qu'ils sont déguisés en autochtones. Ils n'en restent pas moins des étrangers et des touristes.

Le tourisme de masse est aussi souvent perçu (dénoncé) comme un tourisme dévastateur qui ne respecte pas les traditions, les cultures, les gens, laissant derrière lui des traces indélébiles sur plusieurs générations. Et pourtant ....

Je me souviens que dans les années 70, des milliers de voyageurs et voyageuses individuel(e)s ont laissé des traces indélébiles (pas des moindres) dans les pays qu'ils ont traversés pour se rendre à Katmandou ou à Goa.

J'observe que les touristes individuels transforment parfois certaines destinations en orgies de drogue d'alcool et de sexe comme à Ibiza (Baléares), Van Vieng au Laos, Kô Samui ou Phûket en Thailande, Goa en Inde, Hikkaduwa ou Midigama au Sri Lanka marquant des générations d'autochtones, au point d'obliger certains pays à réagir afin de préserver leur dignité, en évitant, voire interdisant ce genre de tourisme, sachant qu'il se déplacera immanquablement  vers d'autres destinations.

http://www.instinct-voyageur.fr/vang-vieng-ou-la-debauche-occidentale/           http://letourdam.over-blog.com/article-vang-vieng-pays-de-nature-et-d-orgie-75253796.html

Les aficionados de Springbreak, de Burningman, et de certains spots de surf "exotiques" ne font que confirmer cette tendance à la dégénérescence de nombreux voyageurs solitaires avec une préférence pour les activités de masse ! https://www.theguardian.com/world/2012/apr/07/vang-vieng-laos-party-town

Je constate régulièrement lors de randonnées en montagne que les sentiers sont parsemés de traces indélébiles de randonneurs solitaires, pourtant très "écolos".

S'il est vrai que le grégarisme tend à faire passer le niveau intellectuel et les comportements sociaux au niveau de la moyenne la plus basse du groupe, il est injuste de mettre tout le monde dans le même sac...

Les groupes sont des mini-sociétés, avec des personnes intéressées et intéressantes, des personnes qui cherchent et qui se cherchent, d'autres personnes qui semblent incapables de s'adapter à d'autres cadres de références que les leurs, sauf si on leur en laissait le temps, enfin d'autres personnes dont le monde s'arrête à la hauteur de leur nombril ou de leur portefeuille.

Dans un bus de tourisme de 30 personnes il y a toujours un échantillon des différentes catégories de personnalités.

Dans un même circuit, on trouve des gens qui profitent de leur séjour, de leurs rencontres, de leurs découvertes, des gens qui se demandent ce qu'ils sont venus faire là, des personnes qui critiquent tout ce qu'elles voient, jamais contentes, parce que c'est tellement différent de leurs habitudes. On retrouve les mêmes échantillons chez les individuels !

J'ai observé que de nombreuses personnes utilisent "le tourisme de groupe" parce que parfois moins cher ( ce qui est de moins en moins vrai), plus sécurisant, plus pratique (parce qu'on n'a pas à s'occuper du circuit, des réservations, des visas etc...), tout en se comportant comme des touristes individuels, profitant de chaque occasion pour se soustraire du groupe et profiter de contacts privilégiés, de visites particulières, de découvertes privatives. J'ai aussi connu des groupes qui ne supportaient pas que l'on s'individualise (il fallait rester groupés !)

Je n'ai pas trouvé de différence entre ces personnes et la majorité des voyageurs solitaires, baroudeurs, routards des temps modernes.

J'ai aussi observé que lorsque 50 ou 80 (parfois plusieurs centaines) voyageurs(geuses) individuel(e)s circulent avec leur sac à dos dans la même ville, la même région, ils recréent un forme de " tourisme de masse"... avec les mêmes échantillons de personnalités : les cools, les créatifs culturels, les râleurs, les chiants, les sans gênes, les opportunistes, les malhonnêtes , les baufs etc....

Il est intéressant d'observer à quel point les touristes qui se disent individuels ont l'instinct grégaire: ils vont tous où il faut être, transformant le monde en spots de must be, d'endroits fashion, en rassemblements de gens qui se ressemblent:  je me rappelle avoir fait de la randonnée dans les rizières à Bali, nous étions seuls, quelques jours plus tard nous passons devant les rizières de Teglalang. Il y avait là des centaines de touristes individuels, tous habillés de la même façon, tous en train de poser et de faire des selfies, parce que c'était là qu'il fallait être.

On retrouve tous ces "sacs à dos" en "road trip" à Ubud, à Kuta (Indonésie), mais aussi à Ella, à Arugam Bay, à Midigama au Sri Lanka, à Hoi Anh, à Nha Trang, à Mui Ne au Vietnam, à Pushkar ou Goa en Inde, à Ko Samui ou Phuket en Thailande. Ils aiment croire qu'ils font du tourisme individuel et qu'ils sont libres d'aller où ils veulent ! Comment se fait ils qu'ils se retrouvent tous au même endroit en même temps ? Libres ?

J'ai observé que si les "touristes" de groupes passent pour des gens qui ont besoin de leur café-croissant-beurre-confiture le matin, beaucoup d'individuels "sac à dos" ne peuvent pas se passer de leur hamburger, de leur pizza, de leurs frites et de leur Red Bull, ce qui a amené de nombreux petits restaurants locaux partout en Asie à ajouter les burgers et les pizzas, mais aussi la bière, les Red Bull et la wi-fi gratuite à leur carte, créant par la même occasion un effet de masse !

En haute saison, lorsque le demi-millier d'agences locales vietnamiennes ont envoyé des centaines de touristes individuels dans les marchés ethniques du Nord Vietnam, et qu'il y a plus de touristes individuels à Sapa ou Bac Ha que de minorités ethniques, c'est toujours une forme de tourisme de masse...

L'impact de ce tourisme individuel " de masse" est pratiquement le même sur les populations locales que celui des grands groupes.

Plusieurs centaines de mâles individuels à Patpong, Pathaya ou Ko Samui font plus de dégâts sur la population féminine locale que le tourisme conventionnel. Plusieurs centaines d'occidentales à moitié vêtues dans la campagne et les villes indiennes, Sri Lankaises ou Indonésiennes font plus de dégâts sur la population locale masculine, et féminine par ricochet, que le tourisme conventionnel.

Plus de 1 million de touristes individuels sur la petite île de Bali en haute saison produisent le même effet et génèrent les mêmes inconvénients que le feraient 500 000 touristes en grands bus.


Être un voyageur individuel n'est pas une garantie de respect pour les pays qui nous accueillent, ni pour les populations que nous rencontrons, encore moins pour l'image que nous donnons de nous mêmes. Ce n'est pas non plus la marque d'une qualité de voyage ou de contact.

Les propos tenus par de nombreux Routards sur les forums ne laissent aucun doute sur leur seuil de tolérance, leur éducation, leur niveau de conscience.

Certains villages du Laos, de Thailande, de la côte ouest de l'Inde sont aujourd'hui persuadés que nous sommes tous des consommateurs de chit, de yaba ou d'ectasy, que nous ne pensons qu'à nous saouler, à faire la fête et à copuler avec n'importe qui.


C'est vrai que certains sites, certaines zones, certains villages, ne peuvent pas se visiter avec des grands bus, parce qu'inaccessibles.

C'est vrai qu'il est moins traumatisant pour des  familles de voir arriver deux personnes plutôt que 50.

C'est vrai que les choses ne se passent pas toujours de la même façon, quand on assiste à une séance de chamanisme ou à une fête de village authentique, lorsqu'on est 4 au lieu de 30.

C'est vrai que l'accueil et le contact sont différents lorsqu'on est moins nombreux.

Mais un village de Lolos Noirs, où défilent individuellement 300 couples par an, en immersion chez l'habitant, n'aura plus jamais la même attitude à l'égard de n'importe quel étranger ou de la vie en général.

J'ai parfois assisté à des choses extraordinaires avec des grands groupes, j'observe que c'est souvent en fonction de la qualité des gens qui composent le groupe.

J'ai parfois assisté à des scènes désolantes avec des voyageurs individuels : grossièretés, malhonnêteté, manque de respect des traditions, toxicomanies et beuveries, comportements sexuellement provocateurs, vols dans certains temples, voyeurisme...

Sur de nombreux forums, des auteurs hésitent ou refusent de partager "des bons plans " sous prétexte de protéger ces bons plans du tourisme de masse et des ses présupposés effets dévastateurs. C'est oublier qu'avec ou sans nous, le rouleau compresseur de la mondialisation est en marche : le paysan du village isolé va au marché, découvre les nouvelles technologie et leurs outils de propagandes. Dans le petit village ethnique de la frontière sino-vietnamienne, tout le monde possède une copie chinoise du Galaxy, et leur demande de raccordement à l'électricité ne vise pas à aider les enfants à faire leurs devoirs le soir, mais à faire fonctionner le téléviseur à écran plat.

Il serait temps d'admettre que ce n'est plus le tourisme qui tue l'authenticité, les traditions et les valeurs dans les villages du monde.

Cela ne me dérange pas de partager mes bons plans, ni qu'il y ait d'autres touristes dans le lieux où je me rends.

Ce qui me dérange est la façon dont ils se comportent souvent (individuellement ou en groupe) et ce que ces comportements génèrent .

Quelques exemples, les plus courants :

  1. Certains touristes, plus particulièrement les Asiatiques (Japon en tête), passent leur temps à se prendre en photos devant tout ce qui est intéressant, en prenant des poses complètement loufoques. Parfois cela dure de très longs moments, surtout lorsqu'ils sont en groupes et qu'ils veulent tous être photographiés avec chaque membre du groupe séparément, ce qui oblige à attendre (cela m'est déjà arrivé+ d'une heure) pour pouvoir faire une photo sans ces touristes aux sourires figés, les doigts levés en forme de V. Parfois le lever de soleil est passé lorsqu'ils libèrent la place.  L'ère des selfies n'a fait qu'empirer le phénomène, puisque cette tendance a contaminé la jeunesse du monde entier.

  2. Du fait d'être "entre soi", certaines personnes "dites libérées" se dénudent sur des plages où les femmes se baignent généralement habillées, créant beaucoup d'animation au niveau de la population masculine, donnant une image des occidentaux qui n'est pas très représentative.

  3. de nombreuses touristes individuelles se baladent en mini short ou en leggins, en maillots décolletés, parce qu'il faut beau et chaud sous les tropiques, sur les marchés, dans les rues, en Afrique ou en Asie, alors que les femmes indigènes sont pudiques. ( je ne dis pas qu'il faut porter le
    voile, mais simplement porter une tenue décente par rapport aux moeurs du pays visité, d'autant plus que les autochtones sont tolérants, et qu'il est rare qu'ils osent demander de se couvrir un peu, surtout les mecs !)

Des européennes, des américaines, des australiennes en mini-short et en débardeur échancré parmi les femmes en sari sur la place de Jaisalmer, dans un marché Tamoul, dans une cérémonie funéraire de Sulawesi, dans les rues, les temples et les pagodes de Hanoi ou de Hoi An, dans les rizières indonésiennes, dans les villages du Sri Lanka,  des occidentales en leggins (style camel Toe, parfois sans sous vêtements) dans les villages du Gujarat, à Udaïpur, à Ella ou Arugam Bay, sur les routes de Bali, dans les épreuves de Pékin Express, ça ne passe pas inaperçu, ça crée parfois de l'animation et donne une image des femmes européennes, que je ne partage pas, suscitant parfois des comportements de harcèlement sexuel de la part des populations mâles sur les autres femmes.

Je ne fait pas allusion, ici, à celles qui se promènent à moitié nues, ivres ou défoncées, sur les plages de Goa (Inde), de Phuket, de Ko Samui (Thaïlande) dans les rues d'Ibiza(Espagne) ou de Van Vieng (Laos). Je ne les considère ni comme voyageuses, ni comme touristes.

  1. Les touristes (hommes ou femmes) en bermudas, shorts, leggins et débardeurs dans les villages, et dans les temples semblent oublier qu'il s'agit de lieux de vie ou de lieux sacrés, où des gens vivent,  travaillent et prient. Ce n'est pas parce qu'il fait beau et chaud sous les tropiques que toutes les villes et tous les villages d'Asie ou d'Afrique sont des stations balnéaires.

Je ne suis pas le seul à le dire, le Guide du Routard - Vietnam 2012 p 131 "même conseil que pour la majorité des autres pays (à part Saint Trop' et Coney Island), pas de nudisme sur les plages. En ville éviter les shorts trop moulants (les shorts tout court d'ailleurs) et les torses nus. Tenues correctes dans les temples et pagodes (jambes et bras couverts) se déchausser."

Même en France certaines municipalités sont obligées de rappeler aux vacanciers et aux touristes d'avoir une tenue décente en ville.

https://www.ouest-france.fr/pays-de-la-loire/les-sables-dolonne-85100/aux-sables-d-olonne-priere-de-sortir-couvert-dans-le-centre-ville-5899510

L'avantage d'un groupe, c'est qu'un guide rappelle parfois les règles de savoir vivre, que n'ont pas un certain nombre de touristes individuels.

  1. de nombreux touristes individuels profitent qu'ils sont peu nombreux, donc plus discrets, pour se glisser dans l'intimité des familles du pays visité : en pénétrant dans l'enceinte de leurs habitations, dans leurs propriétés, dans leurs cases, dans leurs temples, sur le bord des rivières, avec un sourire béa jusqu'aux oreilles, ils profitent de l'effet de surprise et du plaisir qu'ont ces populations d'accueillir un étranger pour bafouer les règles sociales de bases, comme demander l'autorisation de pénétrer, se déchausser, etc...Ils prennent des photos en oubliant de demander si les personnes sont d'accord. 80 fois sur 100 elles le sont, mais cela ne dispense pas de demander, par correction. Ils ne pensent pratiquement jamais à proposer d'envoyer une copie des photos en guise de remerciement.

Combien de fois ai-je vu des touristes individuels prendre des photos en se cachant ou "à la sauvette"! comme ils le font chez eux avec leur téléphone portable.

  1. D'autres jouent avec les enfants en leur tapotant la tête, en les embrassant, en leur donnant des bonbons, des gels douches ramassés dans les hôtels, des stylos, parce qu'ils sont mignons, marrants etc...sans se soucier que dans de nombreuses cultures on ne touche pas la tête d'un enfant, et que se transformer en père Nöel sans avoir établi une véritable relation peut transformer des enfants en mendiants...

Combien de fois ai-je pesté contre ces gosses qui m'agressent dans la rue en hurlant "hello pen", "hello bonbon", "hello money"...à cause de "gentils touristes" qui sont passés avant moi !

Je ne dis pas qu'il ne faut pas offrir de cadeaux ni de bonbons aux enfants des familles qui nous reçoivent ou qui partagent leur repas ou un moment avec nous.

C'est toute la différence entre la relation, le partage et la distribution. Offrir des stylos ou des bonbons aux enfants d'un village où on a passé la journée ou la nuit n'est pas la même chose que de distribuer des stylos dans la rue à des enfants avec lesquels on n'a eu aucun échange and dehors d'un" hello man".


  1. Nombreux sont ceux qui publient les photos des personnes rencontrées lors de leurs voyages sur leurs blogs, Facebook, Flickr etc... sans en avoir informé les personnes ou leur avoir demandé l'autorisation préalablement. Je parle ici des personnes avec qui on a eu un échange particulier.

C'est juste une formalité " pouvons nous utiliser les photos que nous venons de faire sur notre site de voyage ? " C'est oui ou non, et si c'est non on respecte même si on ne risque pas un procès international. En général c'est oui....


  1. Puce Imaginez qu'un groupe de Chinois, entrent chez vous avec un sourire jusqu'au oreilles :

qu'ils se promènent dans votre appartement comme s'ils étaient chez eux, touchent tous vos objets,

qu'ils plongent le nez au dessus de vos casseroles dans la cuisine,

qu'ils prennent des photos de votre femme en train de se laver dans la salle de bain, (on ne se lave plus à la rivière chez nous)

qu'ils prennent des photos de vos enfants en les faisant sauter en l'air ou en les couvrant de bisous, en leur distribuant des gadgets made un china

qu'ils prennent des photos de votre grand-mère en train de prier devant une statue de la Vierge dans sa chambre,

qu'ils prennent des photos de votre fille qui bronze les seins nus dans le jardin

et finalement qu'ils vous demandent de poser avec eux et toute votre famille, pour la postérité.

Imaginez qu'un mois plus tard vous retrouvez tout cela sur le net, sur un blog, facebook , twitter et autre flickr....


C'est ce qu'une grande partie de touristes font vivre aux gens des pays qu'ils visitent. Individuellement ou en "masse".


C'est davantage la manière d'être et de vivre qui fait la différence, que la forme de tourisme pratiqué. Aucun touriste n'a le monopole du savoir voyager.

Comme dit le Routard dans la plupart de ses guides : "N'oubliez pas qu'à l'étranger, l'étranger c'est vous".


Lorsque nous voyageons, nous sommes d'abord des touristes, individuels ou en groupes, que ce soit avec un sac à dos ou une Delsay. 

Parfois nous sommes des voyageurs, mais c'est plus rare....


Avant d'arriver à destination, il y a le passage obligé du voyage aérien :

ici commence le voyage obligatoirement de masse, puisqu'il impose un regroupement !

CNN a publié la liste des inciviltés qui créent tensions et stress lors d'un voyage en avion.

Ayant plusieurs années expérience de déplacements en avion, notamment sur de longs courriers, j'ai établi ma propre liste. Si je partage certaines observations avec CNN, j'en ajoute d'autres qui me paraissent évidentes.

Vous avez beau avoir choisi la meilleure compagnie aérienne du monde, vous n'échapperez jamais aux incivilités des passagers.

Si la démocratisation des voyages aériens, notamment les longs courriers, permet à un plus grand nombre de découvrir d'autres horizons, elle véhicule aussi le manque d'éducation et les incivilités en lien avec le plus grand nombre, qu'ils soient en individuels ou en groupes.

1 - Occuper plusieurs sièges dans les halls d'attente des aéroports: parce que certains passagers sont fatigués ou mal éduqués, ils s'allongent sur trois sièges pour dormir ou se détendre. Parce qu'ils sont nombreux à le faire, de nombreux voyageurs sont condamnés à déambuler dans les allées de boutiques "free tax", ou à s'asseoir par terre, jusqu'à l'embarquement. Manque d'éducation, ego hypertrophié.

2 - Ne pas respecter les files d'attentes au guichet d'embarquement: nombreux sont ceux qui essayent de resquiller une ou plusieurs places, pour atteindre le guichet plus vite. En posant leur bagages, en imposant leur chariot, en faisant passer leurs enfants devant les autres. Ils se foutent que vous attendiez là déjà depuis une heure ou plus. Manque d'éducation, ego hypertrophié.

3- Essayer d'embarquer avant que son numéro soit appelé : La plupart des compagnies aériennes mettent en place un système permettant d'embarquer des centaines de passagers dans un minimum de temps, en faisant des appels par zones ou rangées de sièges. Tout d'un coup la majorité de passagers devient sourde ou analphabète ou ne comprend plus les consignes données en plusieurs langues.

Comme la majorité des employés sont polis ou s'en foutent, 99 fois sur 100, ça marche. Lorsque vous arrivez à votre siège, un tas de gens sont déjà installés dans votre zone et occupent votre coffre à bagages, ce qui vous obligent à usurper un autre coffre, plus loin. Opportunisme égocentré.

4 - Essayer de changer de place en prétendant que celle que vous occupez leur est attribuée, le tout sur un ton condescendant, à la limite agressif, jusqu'à ce que l'hôtesse intervienne, contrôle les cartes d'embarquement et indique aux râleurs la place qui leur est attribuée. Opportunisme égocentré

5 - Abuser de l'espace dédié aux bagages à main : une fois votre veste, votre sac à main,votre sac photo, ou votre bagage cabine installé dans le coffre à bagages, arrive des passagers avec un bagage cabine + un manteau + des sacs d'achats à la free tax(cartouches de cigarettes, bouteilles d'alcool )+ un ordinateur portable. Ils poussent ou entassent vos affaires pour placer les leurs, sans précaution. Quand ils sont en couple ou en famille c'est encore pire... Manque d'éducation, ego hypertrophié.

6 - Faire passer un bagage de soute pour un bagage cabine: soit parce qu'on est en retard à l'embarquement (volontairement ou involontairement), soit parce qu'on essaye de ne pas payer de surtaxe, soit parce qu'on veut débarquer et sortir de l'aéroport plus vite que les autres. On emmerde les autres passagers et le personnel de bord qui se plie en quatre pour essayer de caser le bagage encombrant. Opportunisme égocentré.

7 - Heurter les autres passagers avec un sac à dos: un fois assis à votre place, il est fréquent qu'un passager qui embarque vous écorche le visage avec son sac à dos, soit parce qu'il n'a pas conscience de la place qu'il prend, soit parce qu'il est mal éduqué. Dans les deux cas, l'égo est hypertrophié. 98% oublient de s'excuser, manque d'éducation.

8 - Oublier de faire sa toilette avant de prendre l'avion, et incommoder l'entourage: soit parce qu'on est négligent et que l'on n'a pas d'hygiène, soit parce qu'on a passé plusieurs heures en transports en commun pour regagner l'aéroport. (de nombreux aéroports disposent de lavabos, et parfois de douche, certains de véritables salles de bain).Manque d'éducation.

9 - Squatter le siège du milieu alors qu'il est vide. Profiter du fait que le siège du milieu n'est pas occupé pour s'allonger ou étendre son territoire en y déposant des affaires personnelles. Manque d'éducation, égo hypertrophié.

10 - Occuper les deux accoudoirs : empiéter sur le confort des autres qui ont au moins droit à un des accoudoirs. Combien de passagers lisent le journal, ou mangent en occupant l'espace d'un siège et demi, quitte à mettre leurs coudes dans le visage du voisin. On peut ajouter le passager qui s'endort avec la tête qui tombe sur l'épaule du voisin, ou qui ronfle pendant les 6 heures de vol. Manque d'éducation, ego hypertrophié.

11- Se déchausser et circuler à pieds nus dans l'avion : manque d'hygiène pour soi et pour les autres.

12 -Tousser, éternuer et répandre ses germes partout: il est difficile d'échapper à ces contaminations, soit parce que les gens ne se soignent pas lorsqu'ils ont un rhume, une trachéite ou une bronchite, parfois une maladie respiratoire plus grave, soit parce que beaucoup de passagers oublient de mettre leur main ou un mouchoir devant leur bouche et leur nez lorsqu'ils toussent, ou éternuent. Chaque éternuement ou quinte de toux vaporise un nuage de milliers de bactéries à au moins 6 mètres. Dans un espace confiné comme une cabine d'avion, cela augmente les probabilités de contamination. Manque d'hygiène et d'éducation.

13 - Abaisser son siège brutalement sans prévenir:  Pour gagner des places et de l'argent, les compagnies aériennes resserrent les rangées de sièges afin d'en ajouter. L'espace disponible pour les jambes s'en trouve réduit. Une grande majorité de passagers abaissent leur siège brutalement, l'avion ayant à peine décollé, sans se soucier de la personne qui est derrière. Abaisser lentement permet d'anticiper, et de repositionner les jambes de façon à ne pas recevoir de coup. Absence d'éducation, égo hypertrophié.

14 - Donner des coups dans le dossier du fauteuil qui est devant. Relativement rare chez les personnes âgées, fréquent chez les jeunes et chez les enfants. Les sièges d'avion étant particulièrement légers, toutes les vibrations sont répercutées dans le dos et le bassin de la personne qui est assise devant. C'est d'autant pus désagréable lorsqu'on a affaire à un passager dont les jambes sont sans repos: jambes qui vibrent ou tremblent en permanence. Impatience, angoisse, nervosité compulsive.

15 - Fumer dans les toilettes et déclencher l'alarme incendie. Alors qu'il est dit et répété en différentes langues qu'il est interdit de fumer dans les avions, certains  passagers en addiction au tabac ou à l'herbe ne peuvent pas s'empêcher d'aller en griller une dans les wc: mettant la sécurité des passagers en danger lorsqu'ils jettent leu mégots dans les poubelles des toilettes, et de toute façon déclenchant l'alarme incendie. Être réveillé en plein vol par l'alarme et voir le personnel de bord courir avec des extincteurs est un véritable stress. Manque d'éducation, égo hypertrophié.

16 - Passer des heures aux toilettes : dans des avions de 300 à 500 places, les toilettes sont utilisées presque tout le temps, sauf entre 01h00 et 04h00 du matin. Certains passagers restent de très longs moments dans les toilettes, au détriment du confort des autres passagers. Après le passages aux toilettes de certaines personnes, il est parfois nécessaire de procéder à un nettoyage presque complet : urine, eau, papier sur le sol, sur la cuvette et autour du lavabo. Manque d'éducation, manque d'hygiène.

17 - Essayer de descendre de l'avion avant tout le monde. Les moteurs de l'avion sont à peine arrêtés que la majorité des gens se lèvent, ouvrent précipitamment les coffres à bagages pour en extirper leurs biens sans se préoccuper des autres. Ils se pressent les uns contres les autres pour sortir les premiers, quitte à se marcher dessus. Ce qui peut se comprendre pour ceux qui ont une correspondance et que le vol a du retard, mais pas pour les autres. Manque d'éducation, ego hypertrophié.

18 - Ne pas avoir ses papiers en règles. Bien que le personnel au sol vérifie à l'embarquement que les passagers sont en règle avec le pays de destination, de nombreux passagers n'ont pas (ou pas bien ) rempli leur carte de débarquement, ou n'ont pas fait les formalités de visa, ou ont un passeport périmé. Ils bloquent les filent d'attente au comptoir de l'immigration parfois pendant des heures. Insouciance, manque d'éducation, opportunisme (ils auront essayé).

19 - Passer devant ceux qui attendent devant le tapis à bagages. Nombreux sont ceux qui ne tiennent pas compte des passagers arrivés avant eux qui attendent leurs bagages devant le tapis. Ils s'installent devant eux, parfois en les heurtant avec leur chariots pour qu'ils se poussent et occuper la place. Manque d'éducation, opportunisme, ego hypertrophié.

Lorsque la plupart de ces incivilités se répètent lors d'un même voyage, prendre l'avion peut devenir un véritable stress pour ceux qui ont encore un peu d'éducation.


Ci dessous mon palmarès des touristes toutes tendances confondues, basé sur l'observation de plusieurs milliers de personnes rencontrées en voyage, pendant 40 ans.

Il ne s'agit pas de jugement de valeurs sur des nationalités en général. Il s'agit d'observations de personnes de nationalités diverses en situation de voyage.  

"Vous pensez que je n'aime pas les touristes ! Pas du tout, vous l'avez senti, compris, je déteste seulement le comportement de certains. D'autant qu'il m'arrive d'être moi-même un touriste. Alors je veille à ne pas me comporter comme ce genre de touristes ".

Jacques Salomé - Vivre avec les autres - Editions de l'homme - 2002