Cuba Passionnément

Cuba apasionadamente

Visiter Cuba relève d'un vieux rêve.

Comme pour le Vietnam, un rêve avec quelques appréhensions quant au régime politique, même si nous comprenons qu'une révolution peut se justifier. Partageant les valeurs du socialisme libertaire, il est difficile de comprendre l'importance que les gens donnent à l'état et à ses héros, dans quelque système que ce soit. De même qu'il est difficile de comprendre la confusion entre socialisme et communisme.

L'étude des différentes révolutions que ce soit en France, en URSS, en Chine, au Vietnam, en Iran semble démonter que si elles sont souvent nécessaires pour mettre fin à des régimes despotiques et injustes, les révolutions reproduisent souvent ce qu'elles dénoncent.

L'aristocratie a pris la place de la noblesse en France, transformant petit à petit ce qu'elle aime appeler démocratie en oligarchie.

En URSS, en Chine, au Vietnam, la lutte des classes à donné lieu à une forme de stratification politique, la classe exploitée devenant la classe exploitante, les membres du parti ou de l'armée ayant des privilèges que les peuples n'ont pas, pour aboutir à l'émergence d'une élite économique et politique, d'une middle classe qui ne diffèrent pas beaucoup de l'impérialisme ou de la féodalité qu'elle dénonçait. En Iran les ayatollahs ont instauré une dictature religieuse bien plus dure et discriminante que celle du Shah. Les gardiens de la révolution pratiquent plus de tortures, d'emprisonnements, d'exécutions que la police du Shah.

Nous avions découvert Cuba dans les magazines et les journaux de nos parents et lors de reportages à la télévision sur la révolution de Castro, plus tard sur les tensions Est-Ouest avec l'installation de missiles et la menace d'une nouvelle guerre mondiale.

A l'adolescence, la plupart de nos amis arboraient des tee shirts avec le portrait de Guevara ou affichaient des posters du Che dans leur chambre, identifiant leur révolte pubère à celle du guérillero, oubliant qu'il était d'abord un combattant. Je lui préférais Gandhi.

Plus tard nous découvrons Cuba à travers sa culture: la musique avec la salsa et la Compey Secundo, la poésie avec Jose Maria de Heredia,  le cinema avec Fraises et Chocolat, Habana Eva, 7 jours à la Havane, Adieu Cuba, Retour à Ithaque.

L'ouverture: comme pour le Vietnam, Cuba semble s'engager dans une politique d'ouverture et d'assouplissement, surtout depuis la prise de pouvoir de Raoul Castro. Cela semble profiter tant au tourisme qu'aux Cubains, malgré l'embargo des américains qui n'ont toujours pas supporté qu'on les prive de leur main-mise sur le pays.

L'ouverture progressive de ces pays (Vietnam et Cuba) au tourisme au point de devenir des destination "branchées" nous a incité à les découvrir avant qu'ils ne deviennent des succursales de la mondialisation, des temples du business et du marketing.

Quel tourisme: nous découvrons que la majorité des touristes, notamment Nord Américains (USA et Canada) vont à Cuba parce que c'est la destination "exotique" la plus proche de leurs aéroports. Beaucoup de touristes vont à Cuba pour faire de la plage, de la plongée, quelques visites et s'enfermer dans des clubs à siroter des "drinks" ou traiter les Cubaines comme des produits de consommation.

Ce qui semble entretenu par les agences de tourisme: lors de nos tentatives de trouver des agences locales, ils nous a souvent été reproché de ne pas vouloir faire de séjour balnéaire, certaines agences présentant un séjour à Varadero comme obligatoire si nous voulions ensuite bénéficier d'excursions.

Si le tourisme de groupe est très organisé et ne sort pas des sentiers battus, en dehors des backpackers qui voyagent en solo avec les transports locaux ou en vélo, le tourisme individuel à la carte n'est pas encore très ancré dans les habitudes.

Faire un circuit individuel en voiture avec chauffeur à Cuba n'est pas chose facile. Si ce n'était pas évident pour l'Ouest et le Centre, c'était pratiquement impensable pour l'Est jusqu'à ce qu'on découvre une agence qui le fait magistralement : Cuba Autrement.

Pour ce qui est à voir et à faire, effectivement il y a tous les vestiges d'un passé colonial. Des villes, des rues, des habitations, des forts, des églises qui transpirent encore la présence espagnole permettent de découvrir la richesse d'une culture, mais aussi de comprendre pourquoi à un certain moment c'est devenu insupportable.

En dehors de termes architecturaux qui reviennent en permanence: gothique, neo-gothique, classique, neo-classique, la plupart des guides(sauf deux de Cuba autrement) répètent inlassablement ce qu'il s'est passé, sans jamais parler de pourquoi et comment cela s'est passé, ni comment cela se passe aujourd'hui. Ils racontent comme une ritournelle l'histoire d'indépendantistes, en fonction des "plazas" ou des "parques" que l'on traverse.

Pratiquement tous les héros, à l'exception de José Marti, sont issus de familles riches, propriétaires terriennes, parfois esclavagistes, majoritairement Francs-Maçons. La majorité d'entre eux d'origine Espagnole se révolte contre le système et contre les Espagnols, revendiquant une identité cubaine.

Ignacio Agramonte (1841-1873) originaire de la région de Camaguey se forme à l'art de la guerre et mène de nombreux combats contre les troupes Espagnoles, ce qui lui valut le nom "d'El Mayor". Il est mort dans une embuscade en 1873 à l'âge de 26 ans.

Manuel de Cespedes originaire de Bayamo (1819-1974) fera comme la plupart des autres des études et des voyages en Europe avant de se retourner contre les Espagnols en 1866. Il libère ses esclaves qu'il enrôle paradoxalement dans son armée de libération et mène des combats contre les troupes Espagnoles. Premier président de la république libre, destitué par ses paires à cause de sa personnalité. Mort à 55 ans.

Antonio Maceo, originaire de la région de Santiago de Cuba (1845-1896). Le moins Espagnol de tous : son père est un métis Vénézuélien et sa mère une afro-cubaine. Refusé dans les écoles à cause de son métissage, il est éduqué par des précepteurs. A 19 ans il devient franc-maçon et se rapproche des indépendantistes.

En 1868, avec son père et ses frères, il rejoint le mouvement des "Mambis". Combattant actif et un fin stratège, il a mené de nombreux combats et a survécu à de nombreuses blessures, ce qui lui vaudra le titre de "Titan de bronze". 

Il refuse s'exile, jusqu'à ce que José Marti l'invite à le rejoindre pour poursuivre la lutte contre les Espagnols. Débarqué à Baracoa, avec Maximo Gomez il remonte jusque la Havane. Il sera tué à 51 ans par les Espagnols.

José Marti, (1853-1895) Celui que je préfère. Issu d'une famille Espagnole modeste vivant à la Havane. Il découvre le militantisme indépendantiste auprès de Rafael María de Mendive. A 15 ans il fonde le premier journal anti-colonial "la Patria Libre". En 1859 il est arrêté, jugé pour trahison, condamné aux travaux forcés et à l'exil en Espagne (1871) où il suit des cours de lettres, de philosophie et de droit. Il fréquente les milieux socialistes et anarchistes espagnols. Il poursuit son voyage en France, en Angleterre, au Mexique, au Guatemala. Marti revient à Cuba à la fin de la guerre de 10 ans(1868-1878). Accusé de conspiration il est à nouveau déporté en Espagne. Il s'évade, voyage au Venezuela, aux Etats Unis où il peaufine son idéologie indépendantiste à caractère socialiste. Il n'est ni anarchiste, ni marxiste et contrairement à d'autres "révolutionnaires"refuse d'importer une idéologie extérieure. Partisan de la nécessité d'une lutte des classes, du développement de l'agriculture, il prône l'abolition de l'esclavage, la solidarité entre les gens et entre les classes, le droit à l'éducation. Il prévoit l'organisation de la classe ouvrière de façon à la mettre au même niveau que les autres acteurs de la société, ne souhaitant pas que la classe exploitée devienne exploitante, afin que soit respectés les différents aspects de la société.

En 1895, accompagné d'indépendantistes cubains exilés Marti débarque à Cuba pour rejoindre Antonio Maceo et son armée. Il sera tué dans une embuscade en 1895 à 42 ans. Dommage, j'aurais aimé qu'il aille jusqu'au bout de ses idées. Cela aurait peut être été différent !

Indépendante, Cuba glissera doucement sous le joug Américain qui sans en avoir l'air va tendre à remplacer les Espagnols avec la bénédiction de Batista. Cela aura pour conséquence la révolution à caractère marxiste qui suivra. Les frères Castro et Guevara en devenant les héros.

A cette histoire raccourcie s'ajoute les fleurons eux aussi raccourcis du tourisme Cubain: le tabac et les cigares, le rhum et ses dérivés, mojito, Cuba Libre, daïkiri, pina colada,  les casa de la Trova,  les plages de rêve: Varadora, Caya Coco, Guardalavaca et un tas d'autres.

A tel point qu'à la fin de notre premier voyage, nous avons demandé où sont les Cubains d'aujourd'hui dans tout cela. Car ce sont d'abord eux que nous souhaitions rencontrer. Les palais espagnols, la guerre de 10 ans c'est bien pour comprendre mais concrètement aujourd'hui ?

Le paradoxe Cubain: 

Nos premières rencontres avec Cuba nous ont amené à prendre conscience des traumatismes importants auxquels ses habitants ont été confrontés: la colonisation Espagnole, mais aussi Britannique, Française. La barbarie des pirates qui écumaient les Caraïbes. La traite des esclaves indigènes et africains. Les guerres d'indépendance et enfin la révolution avec ses contraintes, ses périodes de pénuries, ses "erreurs" économiques. L'ère soviétique suivie du vide, lorsque Moscou abandonne.

S'il est évident que la révolution a apporté davantage de justice sociale, notamment au niveau de la santé, de l'éducation, de certaines infrastructures, au niveau économique, indépendamment de l'embargo américain, il semble qu'il reste des choses à faire.

La terre cubaine est féconde, mais la monoculture l'appauvrit. Les Cubains sont travailleurs, courageux et débordent de créativité, mais les débouchés sont  rares.

Il y a des artistes exceptionnels dans différents domaines, des ingénieurs très compétents dans de nombreux domaines, des médecins qui font partie des meilleurs médecins du monde. L'industrie et le commerce cubains sont très dépendants de l'extérieur notamment au niveau des matières premières. L'embargo américain est un fléau pour ce pays.

Ce à quoi s'ajoute des événements naturels comme les ouragans, les tornades, les tempêtes tropicales qui ravagent tout sur leur passage régulièrement anéantissant en quelques heures ce que des hommes et de femmes ont mis des années à réaliser.

Comme partout dans le monde, lorsqu'apparaissent de nouvelles ressources, l'évolution d'une société à deux vitesses semble remettre en cause les valeurs qui faisaient la force de la révolution.

Comme au Vietnam, depuis l'ouverture du pays au tourisme, qui est devenu une des ressources les plus importantes, un forme d'opportunisme "capitaliste" s'installe, créant des inégalités sociales là où la révolution était censée apporter un peu de justice.

De nombreux cubains reçoivent des aides de familles expatriées qui leur permet d'avoir des fonds et du matériel pour ouvrir des restaurants privés "paladars", des maisons d'hôtes "casa particulars" qui rapportent des devises. Quelques investisseurs étrangers créent de nouvelles richesses, notamment grâce au tourisme.

Contrairement à de nombreux pays d'Asie et d'ailleurs, le tourisme à Cuba est cher. Les prix des prestations et services à caractère touristique sont élevés par rapport au niveau de vie local et en comparaison à ce qui se pratique dans de nombreux pays.

D'où des différences considérables de revenus et de niveaux de vie entre les gens qui travaillent dans tout ce qui touche au tourisme et les autres.

Il y a aujourd'hui des Cubains qui roulent en Mercedes et des Cubains qui roulent en charrette à cheval, sans oublier ceux qui n'ont que leurs pieds pour se déplacer. Il y a des serveurs de restaurants ou des musiciens qui ont des revenus plus élevés qu'un médecin ou un ingénieur. Il y a des boutiques pour les gens aisés où l'on paie en dollar ou en CUC et des magasins d'état pour les autres où on paie en pesos. Certes les salaires ont été augmenté à plusieurs reprises ces derniers temps...Est ce le cas de tous ?

Ce qui nous a le plus touché à Cuba est que son histoire et sa révolution quoique on en dise, l'ont protégée de la mondialisation et de ses effets pervers. Il y a encore beaucoup d'authenticité dans ce pays. McDonald et autres temples de la connerie internationale n'ont pas encore sévi.

Cuba n'a pas encore perdu son âme, sa culture, sa particularité. Contrairement à tous les pays qui ont été lissés par le rouleau compresseur de la mondialisation, Cuba a quelque chose de foncièrement différent à offrir à ceux qui souhaitent la découvrir.

Il y a une chose qu'ils ont tous depuis peu : un téléphone mobile avec connexion WiFi, Whatsapp et internet. Comme partout dans le monde, la génération "smartphone" est plus souvent assise que debout, occupée à lire ou envoyer des SMS, ne prêtant plus attention à ce qui se passe en dehors de leur écran. Le capitalisme fait sa révolution avec une manipulation mentale créant des addictions et des stéréotypes à l'échelle planétaire.

Nous avons découvert un peuple qui a l'air heureux, qui aime rire, danser, partager. Un peuple ouvert, amical, solidaire, débrouillard, travailleur, courageux, parfois distant et pourtant si chaleureux.

C'est un pays où l'on apprend à relativiser. C'est aussi el pais de los abrazos. C'est un pays où l'on aimerait revenir et peut être vivre.

  1. Puce Cuba est un des rares pays à proposer son aide médicale (au prix  fort) dans la lutte contre le COVID_19. Après avoir envoyés des équipes médicales lutter contre Ebola en Afrique, lutter contre le désert médical dans de nombreux pays d'Amérique du Sud, Cuba envoie des équipes médicales et des infirmiers en Europe pour aider les équipes qui sont à bout. 36 médecins expérimentés contre Ebola et 15 infirmiers sont venus en Italie.(23/03/20). Les Dom Tom Français viennent de demander l'aide d'équipes médicales cubaines dans la pandémie COVID_19. Au delà des polémiques qui entourent la commercialisation de ces équipes médicales, bravo.

J'espère que cela fera réfléchir et incitera les pays d'Europe à passer outre l'embargo du fuckin' Trump et de ses adeptes.

à nos amis Evelio, Tony, Marisol, à Luis  et aux guides et représentantes de Cuba Autrement,


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