La Route des Zindes

 

1970

La route "Hippy" des années 60/70


Dans les années 60/70 un périple en Inde ne relevait pas d'un simple voyage touristique.


D'abord parce que les tarifs aériens étaient prohibitifs, parce que le tourisme vers ce continent n'était pas encore très organisé, parce que le tourisme "exotique" était souvent réservé à une élite sociale, ou à des aventuriers.


Pour la majorité des jeunes de l'époque, issus du baby boom de l'après guerre, les chemins de Katmandou ou la Route des Indes étaient un véritable parcours initiatique, une quête du même ordre que le pèlerinage de Saint-Jacques-de-Compostelle l'est pour d'autres.


Tout a commencé dans les années 60, avec ce qu'on a coutume d'appeler "la contre-culture" hippy, que l'on associe un peu facilement à la mouvance Beat de la fin des 50's, ce qui n'est qu'en partie vrai.

Les Beats étaient des contestataires issus majoritairement du milieu intellectuel bourgeois, avec une philosophie négativiste. Ils ont créé un mouvement littéraire et artistique (Kerouac, Gisnberg, Burroughs) qu'on associe à tort à la culture hippie. Ils disaient vouloir lutter contre les valeurs fondamentales américaines. En France on les retrouvaient dans les caves de Saint-Germains des Prés: majoritairement artistes, comédiens, musiciens, philosophes, enseignants, universitaires, intellectuels, de gauche voire d'extrême gauche d'origine petite-bourgeoise. Ils écrivent, parlent, fument, se regroupent en dénonçant les travers d'une société qui les fait vivre !

Ils étaient davantage proches de la démarche des futurs contestataires de mai 68 (maoistes, marxistes, trostkistes, léninistes etc) que du mouvement hippy. Mais cette période a favorisé l'émergence d'une libération des idées, des corps, des façons d'être.

On a tendance à oublier de nombreuses influences, sociales, philosophiques, spirituelles, économiques qui imprégnaient l'histoire de l'humanité depuis longtemps, pas forcément dans une tendance "politisante".

Dès le 18ème siècle des nouvelles valeurs traversent l'histoire avec la créativité et l'humanité des Lumières: une nouvelle vision du monde voit le jour au niveau des sciences, de la culture, des arts, de la politique, des modes de vie, avec des valeurs de liberté, de tolérance, d'égalité, ce qui influencera certaines révolutions qui ont suivi. Fin du 19ème début du 20 ème siècle des mouvances s'affirment telles qu'un socialisme libertaire (P.J. Proudhon, B. Russel), des expérience sociales et humaines (Charles Fourrier et son phalenstère, Godin et son familistère)  la non-violence, la désobéissance civile, la répartition des richesses de H.D.Thoreau et Ralph Waldo Emerson, du mahatma Gandhi avec son svadeshi (faire soi même les choses dont on a besoin, privilégier les produits locaux pour éviter d'être en situation de dépendance), et l'abolition de l'esclavage.

Il y a eu les mouvements d'indépendance qui se mettaient en place dans les anciennes colonies, censés signifier la fin d'un système  colonial et la fin de l'hégémonie de l'occident. Nous découvrirons un peu plus tard l'ambivalence de la colonisation économique des pays "développés" sur les pays "sous développés" et la tendance des pays "libérés" à reprendre des modèles de domination et d'asservissement qu'ils avaient déjà de façon féodale ou tribale avant l'arrivée des colons. La lutte non-violente contre la discrimination de Marin Luther King fait école.

Fin des années 50, début des années 60, la qualité de vie s'améliore, des progrès technologiques et sociaux rendent la vie des familles plus agréable. L'invention et la démocratisation des frigidaires, des machines à laver (1960), des chauffes-eau et du chauffage central, du petit électro-ménager apportent un certain confort même aux classes laborieuses, auquel viendra s'ajouter la télévision en noir et blanc, un peu plus tard. Petit confort qui nous transformera lentement mais surement en consommateurs en addiction à ce confort.

Les spéculateurs comprendront vite comment créer et imposer des besoins.

Les premières radios à transistors permettait d'écouter "les nouvelles " et de la musique un peu partout.

De nombreux ouvriers découvrent l'accession à la propriété, d'autres apprécient le confort des premières barres d'immeubles avec eau courante, eau chaude au robinet, chauffage central, électricité dans toutes les pièces, salle de bain et toilettes privées, ce qu'ils n'avaient jamais connu avant. Cela n'a pas fait de nous des délinquants ou des dealers, contrairement aux théories des "sots-ciologues".

Les nouvelles générations n'ont pas connu ce passage du "pas grand chose" à "quelque chose". Nous ne sommes pas nés avec une nintendo sur les genoux ni un smartphone à la place du cerveau.

Fin des 50's début des 60's 1 foyer sur 5 n'a pas l'eau courante, surtout en milieu rural, à la campagne 1 foyer sur 4 n'a pas de frigidaire. Pour faire les courses, nous allions au marché hebdomadaire où l'on ne trouvait que des produits locaux et quelques importations (bananes, ananas, oranges, clémentines), il n'y avait pas de pommes d'Argentine, de raisins d'Afrique du sud, d'haricots verts du Kenya, de kiwi d'Israel. Nous achetions le pain chez le boulanger, la viande chez le boucher, la charcuterie chez le charcutier, les éclairs au chocolat chez le pâtissier, la vaisselle et les casseroles chez le quincailler, généralement du quartier où l'on habitait. Chacun avait son métier, sa raison d'être et tirait un revenu de son travail.

Aujourd'hui, de la machine à laver à la botte de radis en passant par le shampoing et l'appareil photo vous achetez tout dans le même supermarché ! Ceux qui en tirent le plus de revenus ne travaillent pas mais font travailler l'argent en exploitant les producteurs.


Les congés payés, la réduction du temps de travail, le plein emploi permettent à nos parents de prendre un peu bon temps (leurs premières vacances, à la montagne, à la campagne, à la mer). Les pays nordiques et l'Allemagne ayant une longueur d'avance sur la France.

Il n'y avait que 430 000 chômeurs en France, la création de l'agence pour l'emploi date de 1967, malgré l'arrivée massive de migrants de Pologne, d'Espagne, du Portugal, un peu plus tard du Maghreb, et le rapatriement des pieds-noirs et des harkis (1962).

Début des 50's Edouard Leclerc, dans le même esprit que Jacques Maillot qui a créé Nouvelles Frontières pour permettre l'accès aux vacances au plus grand nombre, ouvre une épicerie à Landerneau qui sera suivie de beaucoup d'autres de taille de plus en plus importantes afin de permettre aux ménages les plus défavorisés d'accéder au monde de la consommation qui était en train de se développer. Carrefour surfera sur la vague avec son premier hypermarché en 1963. Leclerc et Maillot vendront leur âme au diable du libéralisme débridé quelques décennies pus tard..

Youri Gagarine fait le premier vol dans l'espace (1961) disant fièrement que "Dieu n'existe pas, sinon il l'aurait rencontré" pendant que ses "patrons" érigent le mur de Berlin, pour arrêter l'hémorragie de migrants soviétiques qui fuient un état totalitaire.

8 ans plus tard (1969), lors de l'expédition Apollo 11 Neil Armstrong marche sur la lune disant "That's one small step for man, one giant leap for mankind." - "c'est un petit pas pour l'homme, un pas de géant pour l'humanité".

Le yoga était déjà enseigné dans le monde ainsi qu'en France depuis un certain temps avec des gens compétents comme André Van Lysbeth qui n'avait rien d'un mystique planant.

A l'instar de D.C. Jarvis dans le Vermont (USA), en France Raymond Dextreit et sa méthode Harmoniste, dont ma grand-mère était "adepte", Maurice Mességué, H.C Geoffroy, Eric Nigelle, enseignaient depuis des décennies des façons de se soigner et de garder une bonne santé de manière naturelle. Ils invitaient les gens à vivre naturellement, en se respectant et en respectant l'environnement.

Il y avait également un grand remue-méninges du côté des dissidents de Freud avec les nouvelles écoles "psy" qui se développaient en Californie notamment à Palo Alto, Esalen et Big Sur (1962), comme l'Analyse Transactionnelle d'Eric Berne, la Gestalthérapie de F. Perls, la Bio-énergie d'Alexander Lowen, le Cri Primal d'Arthur Janov, les relations gagnant-gagnant de Thomas Gordon. C'est aussi l'époque de l'anti-psychiatrie de Lang, Cooper, Laborde, Oury...

Il y avait les nouvelles approches corporelles d'Ida Rolf (le rolfing), de Gerda Alexander (l'eutonie), de Moshe Feldenkrais (conscience du corps), les ateliers de massages californiens et de Rebirth en vogue fin des 60's début des 70's.

Au niveau économique, l'après guerre voit le système industriel et agro-alimentaire s'étendre à tous les domaines, l'agriculture et l'élevage s'identifiant au système industriel mettant en exergue la croissance et le pouvoir de l'argent. La fameuse révolution verte !

Ernst Friedrich Schumacher, économiste renommé, lance sa campagne contre la croissance à tout prix et contre l'assujettissement de l'homme à l'argent. 40 ans avant Pierre Rabhi il prône la simplicité heureuse, la modération, le respect des ressources naturelles et le développement spirituel de l'homme. Small is beautiful. Selon lui tous les besoins de l'espèce humaine peuvent être comblés de façon équitable, en revanche les désirs, qui sont par essence sans limites, ne peuvent pas être comblés sans entrainer les injustices sociales.

En 1966/1973 déjà il affirme que le véritable problème n'est pas la pauvreté, mais l'injustice sociale, l'exploitation de l'homme par l'homme, la consommation effrénée, et le pillage des ressources naturelles.

En France, un peu à l'instar de Ralph Waldo Emerson et H.D.Thoreau aux USA, Bernard Charbonneau initie le premier mouvement écologique politique structuré et s'attaque à la dictature de l'économie et de la croissance à tout prix. Il défend le principe de liberté en dénonçant la tendance au conformisme. Avec Jacques Ellul et Emmanuel Monnier, ils fondent un club de presse, un groupe de réflexion sur les dérives d'un système qui produit de la totalisation sociale. Ils mettent leurs valeurs en application dans une vie spartiate et nomade. Ils passaient pour inconsistants et pessimistes à l'époque. Il y avait aussi l'influence d'Ivan Illich, autre figure importante de l'écologie politique, de la lutte contre les dérives de la société industrielle et de consommation et contre un système éducatif destiné à produire une élite. Tout ce qu'ils craignaient et avaient anticipé est arrivé.

L'écologie hippy était beaucoup moins intello, moins politique, que ceux qui prétendaient et prétendent en faire. Il s'agissait plutôt d'écosophie, d'art de vivre en équilibre, en harmonie avec la nature

En 1972, le Club de Rome (groupe de réflexion réunissant des scientifiques, des économistes, des fonctionnaires nationaux et internationaux, ainsi que des industriels de 52 pays), rend un rapport alarmant suggérant une modération, voire un arrêt de la croissance sous peine d'épuisement des ressources naturelles, d'augmentation grave de la pollution. Il préconise une baisse de la natalité, de faire des économies d'énergie. Il y a 50 ans on alertait. Au nom de la croissance et de la richesse, pendant 50 ans on s'en est foutu. Aujourd'hui on déplore et on ne sait plus quoi faire tout continuant à hurler à la croissance. Demain nos petits enfants le paieront très cher.

Ne fut ce que pour cette raison, je suis fier d'avoir appartenu à ceux qui alertaient et qui ont commencé à faire attention.

Whilelm Reich et Herbert Marcuse faisaient aussi partie des influences du moment, bien que mélangeant psychologie et idéologie marxiste. Ce qui n'allait pas trop dans le sens d'une libération à l'égard des idéologies. D'autant qu'il est plus facile d'être un bourgeois marxiste dans un pays libéral que prolétaire marxiste dans un pays communiste.

Autant de questions, et de réponses qui visaient à pousser les êtres humains à sortir des carcans dans lesquels le système tendait à les enfermer, afin de rester "soi", de se réaliser en tant qu'être unique mais relié, conscient de son potentiel, capable de se réaliser dans l'interdépendance.

Tout ce qui a animé le mouvement hippy était déjà dans l'air depuis des lustres: le mouvement hippy n'est pas un mouvement isolé, il s'inscrit dans la gestation d'une quête qui a débuté avec l'homme: la vie et ses sursauts lorsqu'elle est menacée, lorsque le monde se rigidifie (straight).

Ces mouvements font partie des rebonds dont la vie a besoin pour se construire, pour trouver du sens lorsque celui-ci tend à devenir un amalgame de principes, apparaissant et disparaissant par alternance en fonction des événements et des idéologies.

Chaque période de l'histoire humaine a eu ses "hippies", portés par les courants de pensées qui émergeaient en fonction des situations. Les premiers chrétiens étaient probablement des hippies.

Il y a eu des hippies avant nous, j'espère qu'il y en aura encore après nous. Rien n'est permanent, tout est                 mouvement, sauf peut être dans les régimes totalitaires et dans les religions intégristes ou fondamentalistes.

Carly Simon

  1. Ma grand-mère maternelle était déjà hippie à sa façon: ayant vécu deux guerres, elle s'était faite à l'idée de profiter de l'instant présent. Elle était cool, légèrement anti-conformiste, elle s'intéressait à tout, elle était tolérante et ouverte d'esprit, elle nous a appris à nous émerveiller, à savourer le plaisir des choses simples, à vivre dans le présent. Ce n'est pas un hasard si mes ami(e)s aimaient passer un moment avec elle, parce qu'elle était rassurante, réchauffante, accueillante. Pour elle, vivre ensemble n'était pas un concept à la mode.

  2. Puce Si certains hippies étaient politisés, voire fanatisés, la majorité d'entre eux n'étaient ni gauchistes, ni communistes comme on avait tendance à le faire croire, même si nous prônions des valeurs qui s'apparentaient à une forme de socialisme libéral et d'anarchie douce. Pour ceux qui aiment les étiquettes, les hippies étaient idéalistes, utopistes, écologistes avant que ce courant devienne politique en fusionnant avec une gauche "caviar".

Nous ne voulions pas du capitalisme débridé qui se profilait avec la main mise des multinationales et des grands trusts sur tous les moyens de productions. Nous ne voulions pas d'une vie basée sur la consommation. Nous ne voulions pas être asservis au néolibéralisme dont nous pressentions l'avènement (années 80/90) qui se développera rapidement, même dans les pays dits communistes.(La Russie et la Chine comptent aujourd'hui le plus grand nombre de milliardaires)

Nous rêvions de voir un jour le monde changer, d'abord en changeant notre propre manière de vivre, avant de vouloir bouleverser le monde. L'utopie est une force qui permet d'avancer : c'est parce qu'ils y ont cru que les hommes ont obtenus plus de justice sociale, c'est parce qu'ils en ont rêvé que les hommes ont marché sur la lune...

Les hippies n'étaient pas des soixante-huitards, même si certains ont été mêlés aux événements. Contrairement aux "soixante-huitards", les hippies ne souhaitaient pas contrôler ni renverser la société. Ils ne réclamaient pas le pouvoir, encore moins en lançant des pavés sur la police ou en brûlant des voitures. Vouloir limiter le mouvement hippy à mai 68 est réducteur.

En France il était (et il est toujours) de bon ton d'afficher des "idéaux de gauche". A l'époque beaucoup d'intellos et d'étudiants se réclamaient du maoïsme, du trotskisme, du léninisme, du marxisme, et souvent d'un mélange qui les arrangeait, alors que les ouvriers se contentaient d'être communistes sans forcément avoir lu le Capital de Marx.

Ils n'avaient pas encore compris que Marx voulait remplacer le diktat du capitalisme par le diktat du prolétariat, ce qui est toujours un diktat qui ne fait que changer de mains. Le problème des idéologies, souvent érigées en dogmes, est qu'elles instaurent toujours une autorité, un ordre des choses, qui vont à l'encontre de la liberté et de la mutualité.

Le mouvement hippy était universel, avec des particularités culturelles propres à chaque nationalité, le fond concernait des personnes de tous horizons, de tous bords, généralement assez peu politisées et si elles l'étaient c'était dans le sens originel de ce qui régit une société, dans le sens de ce qui anime une communauté à tendance démocratique.

Leur "révolution" n'était que la contestation d'une société essentiellement axée sur la poursuite du profit, de la consommation, de la domination de classe et de confort matériel; elle se basait sur la revendication de pouvoir être-soi même en toute liberté, sans discrimination.

Cohn Bendit, Krivine, Geismar et les autres étaient des révolutionnaires marxistes, pas des hippies. Ils voulaient réformer voire détruire un système, casser du "bourgeois", imposer des valeurs, et leur idéologie. Ils n'avaient rien d'anarchistes au sens propre du terme, puisqu'ils voulaient imposer leur propre autorité. Pierre Desproges avait d'ailleurs bien cerné l'un d'eux : Réquisitoire contre Daniel Cohn Bendit. 14/09/1982

Leur révolution revendiquait un pouvoir "politique", alors que celle des hippies se voulait intérieure, identitaire, en quête de sens et sans soumission à un pouvoir quelconque. Contrairement aux aux soixante-huitards, nous n'avions pas d'idéologie.

  1. Je me souviens qu'en mai 1968, ce n'étaient pas les C.R.S, ni les hippies qui ont obligé mes parents à fermer les portes de leur épicerie. Ce n'était ni la police ni les hippies qui montaient la garde devant les petits commerces de quartier pour empêcher les clients de faire leurs courses. C'était des "gauchistes", les mêmes qui donnaient des leçons de démocratie en psalmodiant "Défense d'interdire" tout en interdisant aux commerçants d'ouvrir leurs échoppes pour les obliger à être solidaires de leurs revendications ! Paradoxe des révolutions qui généralement font la même chose voire pire que les régimes qu'ils dénoncent.

Les hippies n'étaient pas dans une lutte de classe, mais en opposition avec l'immobilité, la rigidité, les "carcans" que leur proposait la société en matière de construction et développement identitaire. Carcans que l'on retrouvaient aussi bien dans les familles bourgeoises, la middle class, que dans le milieu ouvrier, que ce soit en Amérique, en Angleterre, en France ou ailleurs.

Ils étaient en opposition avec ce que les "habitudes" sociales et familiales voulaient qu'ils soient, contre tout ce qui se présentait comme rigide (straight) et définitivement établi, une fois pour toutes, quelque soit le milieu.

Ce n'était pas non plus un conflit de génération. J'aime cette phrase prononcée par un jeune du Front de Libération des Jeunes :

" nous ne sommes pas contres les vieux, nous sommes contre ce qui les a fait vieillir".

  1. En fonction des observateurs, pour certains il s'agit d'une jeunesse contestataire, rebelle et désinvolte qui rejette l'autorité, les valeurs traditionnelles, le mode de vie de leurs parents et les crédos de la société de consommation.

  2. Pour d'autre il s'agit d'une jeunesse qui bouillonne de créativité, qui aspire à davantage de liberté, d'ouverture vers le
    monde et les autres cultures, à l'approche de nouvelles façons de voir, de sentir, de s'exprimer et d'être, appelant à une modération face à la dérive d'un système économique où l'argent devient "maître", en refusant un certain conformisme.

Peut être s'agit-il d'un subtile mélange des deux.


  1. Puce Il est important de restituer le phénomène hippy dans son contexte:

Notre génération, celle du "baby boom", a été conçue dans l'euphorie de l'après guerre. Nos parents ayant vécu deux guerres éprouvantes, et des restrictions importantes, nous avons été conçus et avons grandi dans le bouillonnement de la reconstruction, de l'abondance retrouvée et de l'espoir: "les trente glorieuses", période de forte croissance économique, d'innovations, de progrès dans de nombreux domaines mais aussi de la montée en puissance d'un libéralisme débridé.

Notre adolescence a découvert le début des "supermarchés" et de la consommation de masse, la mise en oeuvre de l'agriculture et de l'élevage intensifs. Nous avons été les premiers cobayes de la télévision. La solidarité internationale qu'a engendré la guerre, les différents plans Marshall, Mansholt etc..l'effervescence due à la croissance et une impression de liberté retrouvée ont créé l'illusion que l'horreur n'était plus d'actualité  et que l'Europe allait se relever pour le bien de tous.

La majorité d'entre nous sommes nés en même temps que la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme.

  1. Puce Et pourtant la violence n'a pas tardé à se manifester: guerre d'Algérie (1954-1962), guerre du Vietnam (1954-1975), guerre froide avec menace nucléaire entre l'URSS (Krouchtchev) et l'occident, dislocation de l'Allemagne et construction du mur de Berlin(1961), assassinat de JF Kennedy (1963), émeutes des ghettos noirs(1964-1967), Apartheid et incarcération à vie de Mandela (1964), début de la révolution "culturelle" de Mao avec massacres, aliénations (1966), massacres au Biafra (1967), guerre du Sinaï(1967), assassinat de Robert Kennedy(1968), assassinat de Martin Luther King (1968), Matanza de Tlaltelolco au Mexique (1968), Printemps de Pragues et invasion des chars russes (1968), guerre du Kippour (1973) qui débouchera sur un embargo des producteurs Arabes sur les hydrocarbures créant la première grande crise depuis la guerre, avec récession, premières grandes vagues de chômage, marquant la fin des 30 Glorieuses (1945-1973)

  2. Aux Etats Unis, dès le début des années 60, Martin Luther King prône la non-violence pour lutter contre les discriminations raciales.

Lorsque Rosa Park refuse de céder sa place à un "Blanc"et se fait éjecter d'un bus, le boycott et les premières marches non-violentes s'organisent pour  revendiquer l'égalité et les mêmes droits pour tous(1955).

En 1960 Satish Kumar, E.P Menon et d'autres entament une longue marche au départ de Delhi pour Moscou, Paris, Londres, Washington pour lutter conte la course à l'armement nucléaire, réclamer une éducation à la paix et à la non-violence.

Les jeunes
manifestent contre la guerre au Vietnam : ils ne veulent pas aller se faire tuer dans une guerre qui ne les concerne pas. "Si vous voulez faire la guerre, allez y vous mêmes" disent-ils en affichant leur slogans : Peace No War, et plus tard Peace & Love. La plus importante manifestation étant celle du Pentagone à Washington(21/10/1967). Il y avait à l'époque de nombreuses désertions.

Ils manifestent aussi contre la discrimination raciale, pour le droit à l'instruction pour tous, contre toutes les discriminations (sexistes, homosexuelles, etc...) contre les violences policières. La répression des manifestations pacifistes se faisaient de plus en plus violentes. Les adultes conservateurs ne supportaient pas que l'on remette en cause leurs valeurs et leur système.

D'autres manifestations dans la même veine se produiront un peu partout : aux USA et en Europe contre le nucléaire (Greenpeace -1971) (No Nukes septembre 1979), en Allemagne contre l'installation de missiles nucléaires américains face à la provocation soviétique, en France nos ainés ont manifesté contre la guerre d'Algérie, les jeunes ne voulant pas aller se faire tuer pour maintenir une colonie, il y a aussi eu les manifestations contre l'extension du camp militaire du Larzac (août 1973- août 1974) contre les essais nucléaires dans le Pacifique et le développement de programmes d'énergie nucléaire.

No Nuke n'était pas que la manifestation d'une inquiétude liée aux dangers intrinsèque du nucléaire, mais aussi contre la prétendue autorité d'experts qui n'acceptent pas d'être remis en cause parce que leur savoir serait indiscutable. On a vu plus tard avec Tchernobyl à quel point leur savoir était indiscutable. Nous manifestions aussi contre les intérêts économiques en jeu qui risquent de porter préjudice à l'avenir de l'humanité, et refusions la violence exercée par le monde moderne contre les hommes que ce soit avec l'armement nucléaire ou les centrales nucléaires et leurs déchets, à plus ou moins long terme.

Les jeunes qui participent au mouvement hippy à l'époque sont des jeunes qui se sentent trahis. Ils étaient déçus par la tendance grandissante du système à prendre les gens pour des ignorants, incultes, pour les quels il faut décider de tout à leur place. Nous ne voulions pas de ces dispositifs imposés qui s'affranchissent d'un débat public et refusent la transparence des informations.

Le mouvement hippy a pris de l'ampleur et ne concernait plus seulement la guerre au Vietnam. Il entrait en opposition avec tout ce que le système représentait de rigide, de mercantile, de contradictoire, de contraignant et de potentiellement dangereux pour l'humanité.

Nous refusions le consumérisme, et la dépendance à l'argent imposé par une quête de croissance économique à tout prix.

Si dans un premier temps cette croissance semblait profiter  aux ménages, il s'est vite avéré qu'elle profitait surtout à ceux qui la vantent en créant des inégalités et des injustices sociales qui elles ne feront que s'accroître.

C'était aussi un mouvement en opposition à la pensée unique, à toute idéologie ou autorité qui se présente en dogme et à tout ce qui faisait planer le spectre d'une nouvelle guerre, militaire ou économique. Tout ce qui asphyxiait une jeunesse pleine d'attentes et d'espoir. Tout ce qui menaçait notre génération et les suivantes.

Le phénomène hippy se propageait progressivement à d'autres pays: le Royaume Uni, la Hollande, la Belgique, l'Allemagne, la France et même l'Espagne de Franco. Les nations les moins "touchées" étant celles qui étaient les plus politisées, ou les moins laïques.

  1. Puce Les enfants fleurs étaient en train de remettre en cause l'autorité, et non une classe sociale. Le mouvement pouvait s'apparenter à une forme d'anarchie au sens propre du terme. Ils ne voulaient plus de gens ni de systèmes qui s'imposent comme allant de soi. Ils ne voulaient plus que l'on parle à leur place, que l'on pense à leur place, que l'on décide à leur place.

    Autorité entendue comme "ce qui fait autorité" : les conventions, les traditions, les principes, les règles, les valeurs, les croyances qui se transmettent de générations en générations, sans jamais être actualisées/revisitées: comme l'importance attribuée aux statuts sociaux, au standing de vie, aux rôles sexuels, à l'obligation de réussite sociale et de croissance économique.

Tout ce qui fait que nos parents se sont construits sans jamais se poser de questions (le pouvaient-ils ?), parce qu'il n'y avait qu'à faire comme ils l'avaient appris des générations précédentes. Autorité détournée par les multinationales, à peine écloses, qui mettaient tout en oeuvre pour inoculer la fièvre de la consommation et de la croissance en nous transformant en moutons du consumérisme.

Toutes les classes sociales, tous les milieux, qu'ils soient bourgeois, classes moyennes, fonctionnaires, enseignants, artisans, ouvriers ont des valeurs, des principes, des modes de vie qui leur sont propres. Ils les véhiculent depuis des générations et tendent à les imposer aux générations suivantes, moins comme un passage de relai que comme une marque d'appartenance, qu'il est plus ou moins interdit de trahir sous peine d'exclusion. La seule façon d'y échapper étant de partir (mentalement ou physiquement) ou de se rebeller.

  1. Un garçon ne pleure pas, une fille ne se met pas en colère, être un homme c'est ....être une femme c'est.... et d'autres sophismes du genre: "Chez nous on est comme ça" ! "Un homme qui ne boit pas d'alcool, ce n'est pas un homme ..."ça c'est un travail d'homme"... "ça c'est un travail de femme"..."ils ont tout pour être heureux (une maison, des enfants, un chien, une voiture) " etc...

  2. Avoir un bon job (une bonne place disait-on) est plus important que de se réaliser, les hommes travaillent et pourvoient au bien être de la famille, les femmes s'occupent de la maison, des enfants, des maris. Les rôles étant définis et spécifiques.

  3. Tout le monde porte le même type de vêtements, souvent en fonction de son statut social: le complet cravate pour les cadres, la veste ou les pantalons en velours côtelé pour les intellectuels et les paysans, le bleu de travail pour les ouvriers (qui en avaient même un pour le dimanche).

  4. Tous les dimanches il y avait l'incontournable déjeuner en famille - gigot d'agneau-haricots-verts ou poulet-frites.

  5. Tous les ans c'étaient les vacances en famille au camping d'Argelès ou de Berck, dans une location au Lavandou, ou chez la grand-mère qui avait une propriété à la campagne, ou encore en Espagne où on loue la même villa ou le même appartement depuis des années.

  6. Les garçons ne voulaient plus être obligés de faire le service militaire ni risquer d'être envoyés dans des zones de guerre extérieures à leur nation. S'il était compréhensible de se défendre en cas d'attaque, nous ne voulions plus aller faire la guerre ailleurs.

Désertion, objection de conscience font une apparition massive.

  1. Les filles ne voulaient plus être destinées à servir des maris ni à élever des enfants dans l'abnégation.

  2. Le mariage était vécu comme une institution pesante et contraignante. De nombreux mariages étaient plus ou moins arrangés, par intérêt, consciemment ou inconsciemment, en fonction de la situation ou de la famille du mari: ça fera un bon mari, ça fera une bonne épouse ! (d'autres critères étant: il est travailleur, il a une bonne situation, il est d'une bonne familleelle s'occupe bien de la maison, elle aime bien les enfants, elle est d'une bonne famille etc...). Tout ce qui fait que l'on "tombe" amoureux(se) !

Se marier en dehors de son milieu social n'était pas toujours bien vu. Certaines professions, notamment libérales, certaines positions hiérarchiques et sociales attiraient (attirent toujours) davantage de candidates au mariage.

  1. Le divorce était plutôt mal considéré. En dehors de rares exceptions, on ne divorçait pas (il fallait rester pour les enfants, pour la famille, pour les autres). Ce qui contraignait des gens qui ne s'aimaient plus à cohabiter.

En dehors de certains hommes qui s'octroient le droit d'avoir des maîtresses, ou le droit de rencontrer des travailleuses du sexe, le sexe et le plaisir étaient tabous. Bien que le cinema, la littérature, et certaines photographies d'avant les hippies semblent dire le contraire.

  1. Nous étions sensés n'avoir de rapport sexuels que pour procréer. Les rapports hors mariage étaient "débauche", et lorsqu'une fille était (on disait tombait) enceinte, c'était l'opprobre, à moins qu'elle ne se fasse avorter discrètement chez une "faiseuse d'anges". Lorsqu'une femme se faisait violer, elle s'entendait parfois dire par la partie adverse et parfois par le juge "qu'elle l'avait cherché".

Une certaine culpabilité et une peur hantaient de nombreux rapports amoureux.

Rappelons que l'incapacité juridique des femmes n'a été abolie qu'en 1938, que le droit de vote et d'éligibilité ne leur a été accordé qu'en 1944, et que ce n'est que depuis 1965 que les femmes mariées peuvent exercer une profession ou ouvrir un compte bancaire sans le consentement de leur mari. Le droit à la contraception n'interviendra qu'à partir de 1967(loi Neuwirth) et le droit à l'interruption volontaire de grossesse (loi Veil) en 1975. L'interdiction du port des pantalons pour les femmes datant de la Révolution n'a été aboli qu'en 2013.

  1. La famille n'est pas un lieu où on peut se différencier, parce qu'il faut être conforme et soumis: "chez nous on est Ford ou Peugeot" (le grand père avait une Ford, le père a une Ford, il était logique que le fils ait une Ford).

"Chez nous on est" avocat, médecin, policier, mineur, chasseur, pêcheur, maçon, couturière, façonnière, brodeuse depuis des générations.

D'où tous ces commerces et ces petites entreprises qui arborent fièrement :" de père en fis depuis 1892 ou 1932 etc...".

Dans les familles très aisées, il faut au moins qu'un des fils fasse science-po, polytechnique, les arts et métiers, ou soit officier dans l'armée quand il ne rentrait pas dans le clergé ! Cela durait depuis le moyen âge.

Dans les familles d'enseignants il fallait et il faut toujours que les enfants fassent l'école normale et si possible hypokhâgne, qu'ils épousent une enseignante ou un enseignant, et soient de "gauche".

Dans les classes moyennes, on reprend l'entreprise, le commerce ou l'atelier familial, ou on se dirige vers une profession libérale. Il est de bon ton d'être de "droite".

Dans les familles ouvrières le minimum était d'avoir le certificat d'étude, le mieux étant de faire une formation technique ou un contrat d'apprentissage pour avoir un métier, quand on n'allait pas à la mine, aux champs ou à l'usine avec le père dès l'adolescence. La plupart des infirmières, aides soignantes, femmes de ménage de l'hôpital avaient déjà au moins un membre de la famille qui y travaille. On se devait d'être "communiste" et "syndiqué".

  1. Le système éducatif poursuivait le "travail" de la famille, en préparant l'individu à être conforme et bon citoyen: un élève discipliné, soumis, et compétitif (que le meilleur gagne), un bon sportif, un bon employé, un cadre bien affûté, un patron efficace et autoritaire, un syndicaliste engagé etc...

Il fallait acquérir tout ce qu'il faut pour intégrer le système et le promouvoir. On n'attend pas qu'un enfant apprenne à réfléchir ni à développer sa personnalité, mais qu'il ingurgite un savoir prédigéré qu'on lui demande de régurgiter avec le moins d'erreurs possible pour affirmer son adhésion au système dans un esprit de compétition. Ensuite on l'enferme dans des filières littéraires, scientifiques, techniques dont il sera difficile de sortir.

"Notre culture exerce les enfants à l'obéissance volontaire grâce à l'école qui non seulement contraint les corps à l'immobilité, mais oblige les esprits à la récitation des théories qui permettent de réussir aux examens". Boris Cyrulnik - Autobiographie d'un épouvantail - Odile Jacob-  2008

  1. Je me souviens avoir entendu un instituteur et un conseiller d'orientation me dire en regardant mes mains: "tu es fait pour être plombier". Et de faire tout ce qu'ils pouvaient pour m'en convaincre. J'aurai dû les écouter, j'aurais certainement eu davantage de reconnaissance et mieux gagné ma vie qu'en faisant du social et de l'humanitaire.

La compétition scolaire créait très tôt les clivages nécessaire à la stratification de la société.


  1. Puce Nous ne voulions plus de cette tendance au lissage, à l'uniformisation. Nous ne voulions plus des places que l'on nous assigne, des rôles que l'on nous désigne. Nous ne voulions plus de chefs qui savent mieux que nous ce qui est bon pour nous. Nous voulions avoir le droit de choisir ce que nous voulions être et faire. Ce qui suppose que nous ayons l'opportunité de découvrir qui nous sommes et ce que nous voulons, si possible sans filtre, sans lavage de cerveau.

C'est peut être là que nous avons commencé à nous perdre : comment découvrir qui nous sommes, sans aide et indépendamment des modèles qu'on nous impose.

C'est là aussi qu'est la faille dans laquelle se sont engouffrés tous les gurus auto-proclamés, les "chefs" idéologico-spirituels et autres leaders de communautés, certains ayant toujours besoin de diriger, de dominer, d'enseigner.

Le mouvement hippy était beaucoup plus qu'une simple rébellion, l'enjeu n'était pas le pouvoir, mais une construction identitaire à l'échelle d'une génération intercontinentale.

  1. Puce Encouragés par les courants humanistes qui prônent le respect, la valorisation et la réalisation de l'individu, plutôt que d'entrer en conflit, de lutter contre le système ou de vouloir le changer, le Flower Power choisit de développer sa propre façon de vivre en marge de la société, pacifiquement.

Le sigle qu'ils arborent a été emprunté à Gerald Holtom qui l'a dessiné pour un mouvement de contestation contre l'armement nucléaire de 1958 en Angleterre. Bien avant le mouvement hippie.

Il représente les initiales N () nuclear D( I ) disarmament en alphabet sémaphore. Ce sigle est devenu le symbole de toute une génération, de ses espoirs, de ses révoltes, de sa manière d'être. 40 ans après quelques jeunes l'arborent encore ! Peace & Love n'est pas mort !


  1. Puce Aux Etats Unis, les hippies investissent le quartier de Haight Hasbury à San Francisco (1967), où ils arrivent par milliers, s'organisant tant bien que mal pour "survivre" : distribution de nourriture gratuite, free clinic, dortoirs etc...donnant le ton à toute une génération internationale qui les suivra, avec plus ou moins de retard, en fonction des contraintes morales, politiques, religieuses d'une Europe frileuse.

En Amérique près de 20% des adolescents et adolescentes sont en fugue pour rejoindre le mouvement. (une majorité de filles)

En Europe, le mouvement se développe plus intensivement en Grande Bretagne et en Allemagne, bien que ces deux pays passaient pour avoir une culture assez rigide. La société française, paraissant moins rigide, était farouchement opposée à cet éveil.

Ce mouvement (the movement) contestataire et créatif est devenu porteur d'une véritable révolution culturelle, tant au niveau psychologique, musical, littéraire, pictural, spirituel, vestimentaire, qu'humain, en privilégiant des rapports sociaux authentiques, fraternels (on ne disait pas encore solidaire ni équitable à l'époque) dénués de matérialisme, en opposition avec une société mécaniste au consumérisme galopant.

La plupart des Flower Children savaient ce qu'ils ne voulaient plus, ils avaient une idée plus ou moins précise de ce qu'ils recherchaient, souvent sans modèles auxquels se rattacher.

Cela les rendaient candides, mais aussi fragiles, à la merci de "tordus" qui ne demandaient qu'à "les guider", à les "éclairer" pour leur plus grand profit personnel.

Ils se voulaient pacifistes, non-violents, prônant le retour à la nature et l'accession à l'amour libre, ils voulait croire dans la fraternité, l'égalité, la convivialité tribale en rupture avec l'image traditionnelle du couple et de la famille, d'une société qui commençait à tendre vers l'individualisme.

Notre génération a été marquée par :

  1. Puce La musique : Avec le rock'n roll et les "yéyés" de notre adolescence, nous avions déjà une musique qui dérangeait nos parents, et les adultes.

Dès le début du mouvement hippy, apparaît un nouveau son. La guitare électrique des yéyés évolue, les amplificateurs aussi, apparaissent les pédales d'effets (distorsion, fuzz, Wha wha). Alors que les rockers se déhanchaient devant des petits amplis individuels, les concerts pop se déroulent devant des murs d'amplis et d'enceintes qui tapissent le fond de la scène, bien que la guitare acoustique soit toujours d'actualité. Apparaissent les premiers synthétiseurs et leurs palettes de sons numériques. Moog nous emportait déjà dans les limbes.

La musique hippy est riche d'influences musicales diverses: le folk-song, les ballades, le rock pur et dur, le rock progressif, le rock psychédélique ou "planant", parfois le free Jazz, la world musique.

Des musiciens créatifs, innovateurs, originaux font leur apparition et influencent fortement cette période, non seulement au niveau musical, mais aussi au niveau des textes, des idées, des manières d'être et de vivre, se transformant parfois en prophètes, en gurus.

Jefferson Air Plane, Grateful Dead, The Who, Jimi Hendrix, Frank Zappa, Santana, Iron Butterfly, Pink Floyd, les Byrds, les Mama's et les Papa's, Buffalo Springfields, les Doors, T. Rex, Kim Crimson, Deep Purple, Supertramp, Led Zeppelin, Country Joe, Ten Years After, Yes, Procol Harum, Joe Cocker, Richie Heavens, et les folks: Joan Baez, Emmylou Harris, Bob Dylan, Donovan, Scott Mc Kenzie, Janis Joplin, Joni Mitchell, Arlo Guthrie, Marianne Faithfull, Crosby Still Nash et Young, Leonard Cohen, James Taylor, Simon & Garfunkel, les "exotiques" comme Ravi Shankar, Los Incas, Los Calchakis.

Les Beatles et les Rolling Stones qui ont précédé le mouvement hippy, étaient des compositeurs et des musiciens extraordinaires. Ecoulant leurs albums depuis un moment, devenus rapidement milliardaires, ils se sont rapprochés du mouvement, probablement pour récupérer des parts de marché, sans jamais participer aux concerts gratuits ou collectifs.

Une journaliste du Monde, Claude Sarraute écrivait à propos des Beatles "il ne s'agit plus de chansons, il ne s'agit plus de musique, il ne s'agit plus d'un art même populaire, il ne s'agit même pas d'un sain divertissement pour lequel on pourrait avoir de l'indulgence et de la sympathie ." le Monde 05/10/1965. Elle était le modèle "straight" du système que nous étions en train de fuir.

Au début les concerts étaient gratuits, pour être accessibles au plus grands nombre: aux Etats Unis, Monterey, (the Summer of Love) en 1967, Woodstock qui dure trois jour (15-16-17 juillet 1969) payant le premier jour mais gratuit dès que les barrières se sont effondrées, le concert en Angleterre de l'île de Wight (28-29-30 août 1970) le concert pour le Bangladesh (01/08/1971) lorsque le Pakistan a déclaré son indépendance, entrainant guerre civile, massacres et famine.

En France, les concerts "pop" de grande envergure ont longtemps été interdits: arrêtés municipaux, arrêtés préfectoraux, et dissuasion policière. Quand ils tentaient d'avoir lieux c'étaient toujours avec des restrictions publicitaires et un encadrement policier destinés à décourager les participants. Le premier concert autorisé a eu lieu en 1967 au palais des sports, avec Soft Machine, Cat Stevens, Spencer Davis Group. Tout a été fait pour qu'il n'y aie pas plus de 1500 participants.

L'Aurore de titrer" Que les Beatles aient envahi la France, d'accord, mais les hippies de king's road ou de Haight Hasbury, ce n'est pas demain la veille. La France de de Gaulle ne croit pas que cela puisse arriver en France." Cocorico !

  1. Rappelons qu'en 1964, nous n'avions pas le droit d'écouter de la musique anglo-saxone comme nous le souhaitions. L'unique radio officielle française, France 1 était sous le monopole de l'état depuis 1951. Elle diffusait des informations, des jeux radiophoniques, des humoristes que l'on appelait chansonniers, de la grande musique comme ils appelaient ça, des pièces de théâtre, et un peu de musique de variétés française. Quatre radios privées commençaient à entrer en rivalité à partir d'émetteurs qui se situaient à l'extérieur de l'hexagone: Luxembourg (qui deviendra RTL), radio Monte-Carlo, radio Andorre, Europe n°1 qui diffusait à partir de l'Allemagne une émission de variété "mièvre" SLC - Salut Les Copains dont les "vedettes" ne chantaient que des reprises de tubes anglo-saxon.

  2. Nous devions connecter nos transistors à Radio Caroline, avec le D.J. Don Allen, et le Président Rosco (qui migre sur RTL en 1964) pour écouter de la musique moderne anglaise ou américaine. Radio Caroline était une radio pirate qui émettait depuis un bateau, en pleine mer. Les radio pirates françaises qui émettaient de France étaient régulièrement démasquées et démantelées par la police.

La musique autorisée (celle de Mme Sarraute) était celle qui était diffusée par la radio et la télévision officielles sous le monopole et le contrôle de l'Etat (l'ORTF) : musique classique, opéra, chanteurs à textes: Brel, Ferre, Ferat, Régiani, Beart, Mouloudji etc... et la variété française: Aznavour, Becaud, Amont, Dalida, R. Anthony, C. François, F. Hardy, F. Galle, M. Mathieu, F. Alamo, Sheila, J.Halliday etc...

Cela faisait partie de l'autorité que nous contestions: nous souhaitions avoir le droit d'écouter la musique que nous voulions, entre autres.

Heureusement nous avions des chanteurs Français à l'esprit joyeux et aux textes ravageurs qui nous ressemblaient davantage: Antoine, Martin Circus, Pierre Vassiliu, Michel Delpeche, Nino Ferrer, Maxime Leforestier, Moustaki, M.Polnareff...

Il faut attendre le début des 70's pour avoir droit à des émissions de qualité de musique anglo-saxone comme le Pop Club de José Arthur, Bernard Lenoir et Patrice Blanc-Francard sur France Inter, à 23 heures (en dehors des heures de grande écoute). A la télévision, c'est Freddy Hauser qui dès 1976, avec son émission Juke box nous fera partager sa passion pour le rock et la musique Pop anglo-saxone, avant les Enfants du Rock de Jean Pierre Dionnet, Philippe Manoeuvre et Jacky. Pendant que Martie et Gilbert Carpentier mettent en scène avec brio (la créativité de l'époque s'y prête bien) les variétés chères à Mme Sarraute. Les émissions de variétés diffusent de façon très sporadique quelques groupes anglo-saxons.  La France avait quelques groupes "pop" : Ange, Triangle, Magma, Gong non-français mais résidant en France.

  1. Puce Cela n'a pas beaucoup changé puisqu'aujourd'hui encore des quotas sont imposés aux radios françaises, pour privilégier/protéger les    

artistes français ! Mieux encore en 2015 l'Assemblée Nationale vote un amendement envisageant d'imposer les titres ou les artistes actuels que les radios doivent privilégier (K.Girac, Louane, Sliman, Amir etc...) au détriment d'autres artistes même francophones. Nous ne sommes toujours pas libres d'écouter la musique que nous voulons. (voir les revendications de Nostalgie, RFM et autres radios...)

Pour mémoire : à l'époque de la Révolution Française, pendant le sombre épisode de la Terreur, l'Etat fermait les théâtres et n'autorisait que les pièces patriotiques, il interdisait certaines lectures, et les bals populaires. C'était aussi l'époque où l'on a guillotiné plus de 40 000 personnes, parce qu'elles n'étaient pas conformes. Chassez le naturel, il revient au galop..!

Une première tentative de festival Flower Power dans la lignée des grands concerts a eu lieu en Belgique à Amougies (24-28/10/1969) à la place de celui qui devait se tenir à Paris, interdit par le ministre de l'intérieur. Pink Floyd, Frank Zappa, Soft Machine, Archie Shepp, Martin Circus, Gong, Yes, Ten Years After y étaient etc...

Selon la police Belge, le concert s'est déroulé sans incident et a rapidement enrichi un certain nombre de commerçants du village.

Les mêmes propos avaient été tenus par le chef de la police de l'île de Wight: "nous avons eu moins de problèmes avec ces 200 000 jeunes qu'avec les 20 000 vacanciers qui viennent ici chaque année".

  1. Je me souviens d'un festival en Belgique (Huy) où nous avions découvert un Bob Dylan belge: Ferre Grignard, une Joan Baez Britanique: Sandie Shaw, chanteuse aux pieds nus, ainsi que le groupe belge Wallace Collection. C'étaient des concerts "bon-enfant".

Les hippies faisaient peur à la France profonde, encore plus après les événements de mai 68 auxquels on les associait.

  1. Une nouvelle tentative de concert géant a eu lieu à Auvers sur Oise: les 18-19-20 juin 1971. De nombreux groupes connus étaient annoncés (Pink Floyd, Led Zep, Jefferson Airplane, les Stones...), puis démentis ou annulés. 200 000 jeunes étaient attendus, il y en aura un peu plus de 20 000. Beaucoup de groupes locaux. Le seul groupe connu était Grateful Dead qui ne s'est pas produit à cause de la tempête: dès le premier jour, il tombe des trombes d'eau, la scène n'est pas protégée, le public non plus. Le terrain est impraticable, le matériel des musiciens disjoncte, le concert est annulé.

  2. A la fin des 70's nous assisterons au match Reggae V/S Disco.

  3. Comme aux Etats Unis où certains partis ultra-conservateurs, voire le Ku Klux Klan, s'adonnaient à des agressions anti-hippies, tabassant les jeunes, coupant les cheveux, brûlant disques et revues, en France la répression ne venait pas que de la police et de l'état.

  4. Je me souviens avoir organisé un concert de musique indienne avec une école de yoga, dans l'amphithéâtre mis à disposition par l'école d'éducateurs d'Amiens, IRFFE (parce qu'en plus de l'avantage du parking gratuit, l'acoustique et la sonorisation y étaient exceptionnelles).

Nous avions fait venir de Londres Vemu Mukunda, joueur de veena et son groupe de musique classique indienne.

Nous attendions entre 500 et 1000 spectateurs. Le concert s'est soldé par un échec: les étudiants et les enseignants marxistes de l'école ont boycotté par surprise et interdit l'entrée de l'amphithéâtre au public parce que selon eux le concert relevait de "la culture bourgeoise".

Ces communards qui disaient "il est interdit d'interdire". Seuls les spectateurs (quelques dizaines) arrivés avant eux ont pu assister au concert.


  1. Puce Les activités de l'âme et de l'esprit : l'art, la philosophie, la spiritualité:

  2. Puce Ce qui a le plus marqué l'époque était le psychédélisme. Courant artistique étroitement lié à la prise de drogues hallucinogènes telles que cannabis et marijuana, mescaline(peyolt), psilocybes et autres champignons, acide de synthèse de type L.S.D, largement vantés par Timothy Leary et ses sbires, grands défoncés devant l'Eternel : "Turn on, tune in, drop out"  (vas y laisse toi aller défonce toi)

Il était de bon ton d'exhorter les gens à prendre des hallucinogènes afin de se libérer des carcans (désinhiber), de procurer des extases (planer), de favoriser le développement des sens en créant des hallucinations visuelles, auditives, tactiles (perception altérée de la réalité).

C'est vrai q
u'avec certaines substances, il était possible de réaliser des choses surprenantes, même sans être exceptionnellement doué. Que ce soit avec des crayons, des feutres, des gouaches, ou un appareil photo, nous étions envoutés par la fièvre créatrice. Je n'ai jamais assisté à autant d'expositions.

Ça devenait problématique lorsqu'on ne pouvait plus rien faire sans produit.

De nombreux artistes, metteurs en scène, écrivains, musiciens, journalistes de l'époque ne pouvaient créer que sous l'effet de drogues hallucinogènes.Tous vantaient la "défonce" comme seul moyen d'aboutir à la plénitude, exhortant les autres à l'expérimenter.

Il y eut à l'époque profusion d'oeuvres "originales" de qualités très diverses.


En marge du mouvement et de la société, les hallucinés se sont réfugiés dans des espaces undergrounds qui n'attiraient que les initiés et les curieux, voire d'autres hallucinés. Littérature underground, presse underground, cinema underground, galeries underground, musique underground, bd underground, tous plus tarabiscotés, bariolés, compliqués les uns que les autres. Il fallait souvent un "décodeur" pour comprendre leurs délires.

Si vous ne compreniez pas, ils se plaisaient à dire que c'était parce que vous étiez "un réactionnaire petit-bourgeois" aveuglé par ses filtres !

La musique s'est faite planante, tantôt lénifiante, tantôt provocante, parfois complètement délirante (dodécaphonique- Pierre Boulez) faisant souvent l'objet d'une véritable écriture. De nombreux musiciens étaient des compositeurs talentueux, qui même s'ils ne maitrisaient pas tous le solfège et l'écriture musicale, créaient des oeuvres originales, sophistiquées, souvent d'actualité (pour les textes) avec beaucoup d'harmonie.

Les Beatles, opportunistes, surfent sur la vague en sortant l'album Sergent Peppers Lonely Heart Club Band.

Le cinema va mettre en scène la tendance à la nudité et la liberté sexuelle, donnant des oeuvres érotiques (les nudies) d'une grande simplicité, assez bon enfant. Tous les films de l'époque comportent au moins une scène avec une actrice déshabillée. D'autres réalisateurs produisent des oeuvres hermétiques, avec beaucoup de recherche au niveau des effets spéciaux, au niveau des cadrages, au niveau des scénarios(comme Barbarella). Si de nombreux films étaient esthétiquement intéressants, ils étaient souvent difficiles à déchiffrer au niveau du langage et du message.(Qui êtes vous Polly Maggoo ?)

La presse underground était délirante mais parfois intéressante à de nombreux niveaux. En France un magazine en particulier: Actuel, un journal de référence bien que très politisé (à la française), qui traitait de sujets qui nous concernaient avec parfois beaucoup de pertinence et de créativité, alors que Hara Kiri qui est devenu Charlie Hebdo était un journal satirique de soixante-huitards, provocateur et irrespectueux. Choron qui se faisait passer pour anarchiste n'était qu'un personnage grossier, arrogant, cabotin, imbu de pouvoir et de lui même.

Une BD, assez irrévérencieuse faisait fureur tant en Amérique qu'en Europe: les fabuleux Freak Brothers. Trois personnages dont les aventures tournaient autour de la drogue, mettant en exergue les valeurs et les contradictions de l'époque.

Si cette tendance à la défonce a été momentanément le détonateur et le moteur d'une richesse culturelle incontestable, d'une nouvelle façon de percevoir, d'exprimer et de partager les choses, un peu plus tard elle a été à l'origine de la fragilité et du déclin du mouvement hippie, en occultant la nécessité de faire face à des réalités, parfois très matérielles.

  1. Puce L'orientalisme:

Krishnamurti visitait l'Europe et les Etats unis. Il faisait des conférences sur l'homme, la vie, l'éducation, la liberté, la mort. Il laissait des traces dans les campus universitaires où il passait, et ses oeuvres se diffusaient, se mêlant à celles de Gandhi, de HD Thoreau, de Bertrand Russell. Non violence, prise de conscience, désobéissance civile deviennent des mots clefs.

Satish Kumar entreprend avec ses amis la marche pour la paix qui relie l'Inde  Moscou, Paris, Londres, Washington et installe sa communauté en Angleterre.

Des occidentaux ayant étudié les philosophies orientales, côtoient le mouvement, lui insufflant un peu d'exotisme : Allan Watts au U.S.A, Lanza del Vasto, Arnauld Desjardin en France.

Plus tard les stars du moment, afficheront des tendances orientales, dans leur propos, leur manière de vivre, dans leur musique, dans leur manière de s'habiller. Bob Dylan, Mia Farrow, Donovan, les Doors, Grateful Dead.

Toujours opportunistes, les Beatles s'associent au guru Maharishi Mahesh Yogi pour insuffler de l'orientalisme dans leurs oeuvres, colorent leur album Revolver de tonalités indiennes, écrivent le White Album à Rishikesh.

La méditation transcendantale est en marche à la recherche d'adeptes ! Jusqu'au jour où Lennon doutera du guru et écrira une chanson dans laquelle il lui demande de qui il se fout: "Sexy Sadie what have you done? You made a fool of everyone ".

Viendra ensuite le tour des dévôts de Krishna, que l'on retrouve dans toutes les capitales, le crâne rasé avec une petite mèche,

la tunique ocre-jaune et les colliers de perles de bois, dansant et chantant dans les rues au rythme des mridagams  !

Sathya Sai Baba commence à faire parler de lui et à attirer des adeptes qui croient dans ses pseudo-miracles.

D'autres vont tomber sous le charme de Bhagwan Rajneesh dit Osho, mi-guru mi-businessman, grand amateur de Rolls Royce et de femmes, aux allures d'illuminé, fuyant les systèmes fiscaux des pays où il se réfugie, après avoir arnaqué des milliers de disciples.

De nombreux gurus prétendaient que l'extase sexuelle pouvait être à l'origine d'une transformation de l'égo. Ils en profitaient pour initier celles et ceux qui voulaient y croire, en pillant leur innocence et leur sensualité. Le tantrisme est devenu une mode, mélangeant à toutes les sauces sexe, énergies, pouvoirs et dons particuliers, oubliant qu'au départ le tranta n'est que l'appétit et la force de vivre qui nous animent, l'énergie qui nous traverse, dont le sexe n'est qu'une infime partie. L'abstinence pouvant renforcer cette énergie lorsqu'elle défaillante, ou la transcender.

Beaucoup s'intéresseront à la philosophie indienne, à l'hindouisme, au bouddhiste, au tantrisme, à la littérature ésotérique tibétaine ou mexicaine, au chamanisme nord et sud américain, cherchant un modèle ou les bases d'une sagesse, d'une paix intérieure, d'une manière d'être et de vivre en accord avec des valeurs naissantes. C'est l'âge d'or des librairies ésotériques, orientalistes. Cet engouement sera à l'origine des nombreux départs pour l'Asie, plus tard pour l'Amérique centrale.

Des cours de yoga, de Tai chi Chuan, de Qui Cong, des stages de massages californiens, de tantrisme, des ateliers ayurvédiques, de Rebirth, des conférences de macrobiotique s'organisent partout. Des groupes de thérapie humaniste se mettent en place. Certains "clean" et sérieux, animés par des personnes compétentes, d'autres très fantaisistes animés par des opportunistes, des thérapeutes auto-proclamés (on ne disait pas encore coach!) voire des gurus de pacotille, toujours aussi nombreux aujourd'hui.


  1. Puce De nouvelles manières d'être et de vivre :

Le Sunday Mirror, journal Britanique réputé, écrivait en juin 1967: " En un seul  groupe, les hippies combinent les manières de s'habiller des sauvages de Bornéo, les attitudes religieuses des Hindous, les pratiques sexuelles des lapins, les habitudes de drogues des Chinois, les vues économiques des aborigènes australiens, et la gentillesses des premiers chrétiens".

En France, Claude Sarraute du journal Le Monde, toujours virulente à l'égard du mouvement hippy dont elle anticipe la fin - in le Monde 21/11/1969 " Hip est mort en l'an IV de notre ère, trois mois à peine après le festival de Monterey, qui allait révéler à l'Europe stupéfaite l'ampleur du phénomène lié à la guerre du Vietnam et à la surconsommation. En France il se limite à la rue de la Huchette, aux spectacles du living (théâtre) et aux vitrines des couturiers. C'est une curiosité, un nouvel art de jouer, de s'habiller, ce n'est pas un nouvel art de vivre, encore moins de lutter."  Quelle expertise ! L'intelligence et l'ouverture d'esprit de cette femme sont déconcertantes !

Incroyable mais vrai, en 1966 le pape Paul VI lève l'interdiction faite aux chrétiens de lire Madame Bovary, le Rouge et le Noir, et d'autres livres jugés libertins.

1969 Steppenwolf chantait : "Born to be  wild", Richie Heavens psalmodiait: "Freedom".

  1. Un des changements majeur dans la manière d'être et de vivre était le rapport homme/femme.

Nous ne voulions plus des rôles pré
définis, des prérogatives, des stéréotypes, des responsabilités, des tâches liés au sexe. Nous voulions être égaux, partager: que les hommes et les femmes aient les mêmes droits, les mêmes responsabilités, la même valeur.
  1. Lors de leurs déplacements les hippies faisaient du stop, utilisaient les transports locaux, pratiquaient le co-voiturage. 

Lorsqu'ils avaient un peu d'argent ils achetaient des véhicules, toujours d'occasion (4L Renault, 2 CV Citroën, Coccinelle et mini van Volkswagen) qu'ils décoraient et rafistolaient du mieux qu'ils pouvaient, ce qui leur valait d'être souvent contrôlés par la maréchaussée, les voitures ou les minibus étant tape-à-l'oeil et pas toujours en bon état.

  1. Aux Etats Unis, davantage qu'en France, beaucoup de hippies dormaient dans les parcs, dans les jardins publics, dans des squats dont ils se faisaient régulièrement déloger. D'autres se faisaient héberger chez des amis, ou des rencontres de passage, faisaient de la co-location. Apparaissent les premiers hôtels dortoirs bon marché : les sleep inn.

Un certain nombre habitaient dans leur famille, parents, fratrie, qui bien que n'étant pas d'accord ou ne comprenant pas, les toléraient, tant qu'ils(elles) ne se mettaient pas en danger. Contrairement aux propos de certaines critiques, ils n'en étaient pas moins hippies pour autant.

  1. Lorsqu'ils manifestaient, plutôt que se tenir debout en faisant face, ou en jetant des projectiles et en agressant les forces de l'ordre (comme le faisaient les soixante-huitards), ils s'asseyaient par terre pacifiquement, sans chercher l'affrontement physique: le sitting. Ce qui obligeait les policiers à les porter pour les emmener dans leurs fourgons.

  2. Parfois, une exposition, un concert de musique, une scène de théâtre de rue (living théâtre), s'improvisaient spontanément dans un espace informel, à l'initiative de quelques personnes qui invitaient les spectateurs à se joindre et à participer: le happening. Spectacles improvisés qui mettaient souvent en scène de façon non violente mais parfois provocante les revendications d'une génération.

  3. Lorsqu'ils voulaient choquer pour attirer l'attention (souvent des médias) certains hippies se déshabillaient dans des lieux publics ou des manifestations publiques ou sportives : le streaking.

  4. Puce Les études, le travail, l'argent, la bouffe : les Flower People étaient souvent considérés comme des inutiles et des parasites.

C'est vrai que la majorité ne cotisaient pas à la sécurité sociale, ne payaient pas d'impôts sur le revenu, ne faisaient pas de service militaire(objecteurs de conscience en France, déserteurs au USA).

Quand nous avions des emplois, c'était souvent des emplois saisonniers, ou sous-qualifiés dont la rémunération ne prêtait pas à imposition.

Beaucoup de hippies ont abandonné leurs études, parce qu'elles ne répondaient plus à leurs nouvelles aspirations ou parce que le système d'enseignement était à l'image de ce qu'ils rejetaient: rigide, discriminatoire, autoritaire. D'autres en profitaient pour changer d'orientation.

C'est l'époque où nous découvrons A.S. Neill et les libres enfants de Summerhill qui pourtant dataient de 1921. Célestin Freinet  avait amorcé un mouvement semblable en France, laissant entendre que l'éducation ne consistait pas qu'à remplir des têtes et que l'intelligence n'était pas qu'une affaire de "savoir". Cela lui a valu d'être mis à l'écart par les straights de même que les instituteurs qui se montraient sensibles à sa pédagogie.

Au début peu de hippies travaillaient, pour un tas de raisons: le travail était associé au conditionnement du système: produire et consommer toujours plus. Travailler n'avait plus de sens puisque l'objectif était de ne plus attacher d'importance à l'argent et d'en dépendre le moins possible.

Très rapidement nous avons réalisé qu'il faut un minimum d'argent pour vivre: pour assurer l'autonomie et la liberté de choix tant réclamées. Il n'était pas question de faire appel à la famille. Dépendre de parents dont on rejette les valeurs aurait été incohérent pour la plupart d'entre nous. Pour d'autres la famille avait coupé les vivres en guise de représailles. Nous souhaitions relativiser le rapport à l'argent, en réévaluant nos besoins, en nous limitant à l'essentiel.

Pour gagner cet argent, nous souhaitions le faire de la façon la plus créative, la plus naturelle, la moins avilissante possible.

Il fallait prévoir et assumer de payer un loyer, acheter de quoi se nourrir, de quoi se vêtir, de quoi se déplacer, de quoi acheter les billets d'entrées aux concerts, qui n'étaient plus gratuits comme dans les débuts, acheter la laine pour le métier à tisser, les perles et le cuivre pour les bijoux, acheter les disques et les livres, et pour certains acheter les doses quotidiennes de produits stupéfiants, à l'époque on n'agressait pas les petites vielles pour leur prendre leur argent.

  1. Puce Cette réalité à contribué plus ou moins inconsciemment à créer des scissions au sein du mouvement:

  2. Il y avait ceux qui travaillaient pour aller jusqu'au bout de leur rêve en toute responsabilité (c'était l'époque du plein emploi, il était facile de trouver un travail qualifié ou non, dans tous les domaines - en 1967 il n'y avait que 430 000 chômeurs en France).

A l'époque les étudiants faisaient des petits boulots pour payer leurs études, leurs frais de logement et d'alimentation, pour se payer le permis de conduire. Les vacances étant en grande partie consacrées à ces petits boulots. Les bourses, pour ceux qui y avaient droit, étaient dérisoires. En 2016, l'état envisage de rémunérer les étudiants pendant leurs études et de leur payer le permis de conduire !

Pour des raisons économiques et idéologiques nous fabriquions nos meubles, un certain nombre de produits de base (pain, yaourt, fromages, produits cosmétiques, tapis, quelques vêtements,) nous achetions le reste sur les petits marchés, aux paysans, aux artisans, aux puces. C'était l'époque où le made in France était encore d'actualité, où l'artisanat était encore très développé.

Beaucoup étaient devenus végétariens d'abord par nécessité économique avant d'en faire un mode de vie.

  1. je me souviens de toutes les expériences que cette époque m'a permis de faire pour assurer mon autonomie, le financement des mes études et mes voyages: chaine de montage, usine de confection, teinturerie, conserverie, les 3x8. J'ai été manutentionnaire, j'ai conditionné des oeufs dans un élevage industriel, j'ai fait le ménage dans des bureaux, j'ai été chauffeur livreur, j'ai récolté des fruits et des légumes. Nous fabriquions des bijoux en cuir, en perles, en émaux que nous vendions sur le trottoir, et sur les marchés, les jours de repos.

  2.   Il y avait ceux qui créaient des systèmes de ressources indépendants comme dessiner des fresques géantes sur les trottoirs, à la craie, ou fabriquer des bijoux, des vêtements, des bougies, des céramiques vendus dans des petites boutiques d'artisanat, élever des chèvres et produire des fromages qu'ils vendaient sur les marchés locaux. Il y avait ceux qui rapportaient des malles d'articles exotiques de leurs voyages qu'ils vendaient sur les marchés ou dans des boutiques, ceux qui vendaient des vêtements recyclés, ceux qui jouaient de la musique.

  3. Il y avait ceux qui faisaient la manche avec l'inoubliable " t'as pas cent balles ?" Cela permettait juste d'assurer un sandwich, une barrette de résine ou un morceau de buvard.

  4. Enfin, il y avait ceux qui ne faisaient rien, qui vivaient essentiellement au dépend des autres. Au début, fraternité oblige, cela ne semblait
    pas important, et faisait partie de l'ambiance "cool" du moment. Très rapidement les pique-assiettes, les opportunistes, ceux qui arrivent au moment de se mettre à table, au moment où l'on boucle le mini-van pour descendre dans le midi ou en Grèce, au moment où on tente une expérience sensuelle, ceux qui empruntent les disques et les livres et qui ne les rendent jamais ont fini par lasser, voire énerver. Dieu sait s'ils étaient nombreux.

Lorsque nous avions l'audace de refuser l'hospitalité ou de partager nos repas ou nos affaires, nous étions accusés d'avoir rallié le système, de nous "embourgeoiser", de nous rigidifier !

  1. En général les hippies se nourrissaient mal. Biscuits, pizza, sandwichs, fruits crus, partagés avec des amis, des inconnus, et souvent mendiés dans la rue.

Bien qu'étant pratiquement tous "écologistes" et souhaitant consommer des produits naturels, ils n'en avaient pas toujours les moyens. Beaucoup étaient végétariens, d'autres pratiquaient la macrobiotique datant de la Grèce antique avant d'être actualisée par les Allemands et les Japonais (Oshawa). La macrobiotique permettait en même temps d'intégrer un peu de philosophie dans la vie quotidienne. 

Dans les communautés rurales qui produisaient leurs produits alimentaires, c'était différent. Ce sont d'ailleurs ces communautés qui approvisionnaient les centres de distribution de repas gratuits en Californie.

Aux USA, Alice Water, pionnière de l'alimentation bio et locale, avait compris le problème. Elle achetait des produits frais et bio aux ruraux, et composait des plats savoureux qu'elle vendait pour presque rien sur le campus de l'université de Berkeley. A la suite d'un voyage en France elle a ouvert en Californie un restaurant bio "Chez Panisse" en 1970. Restaurant devenu célèbre et dispendieux.

Ce n'est pas son restaurant qui a inspiré le film "Alice's restaurant" d'Arthur Penn avec Arlo Guthrie, mais Alice et Ray Brock.

En France Raymond Dextreit, Eric Nigelle et Henri Charles Geoffroy (fondateur de la Vie Claire) étaient pionniers de l'alimentation saine, et défenseurs d'une certaine hygiène de vie, bien avant que l'agro-industrie et ses multinationales s'emparent du marché "bio".

  1. Je me souviens avoir mangé du pilpil de blé, du boulgour, du riz, de la ratatouille de légumes et des yaourts faits maison à chaque repas pendant plusieurs années, pour des raisons économiques. Mais c'était tellement bon d'assumer les choix. 

  2. Puce L'amour, la nudité et la liberté sexuelle : la presse et les médias, toutes tendances confondues, même ceux qui prétendaient en parler en "bien" ont contribué à donner une image des hippies "d'exhibitionnistes copulateurs amoraux".

  3. Puce L'amour libre n'était ni une invitation à une partouze, ni un mouvement échangiste. Si beaucoup ont cru que peace and love s'arrêtait au niveau des instincts et de la ceinture, pour la plupart d'entre nous il s'agissait de vrais sentiments. Nous nous aimions vraiment, nous aimions réellement le monde et la vie.

Nous revendiquions un amour authentique dénué de conditions. Qui ne s'est pas entendu dire ou n'a pas cru qu'il fallait être sage, bien travailler à l'école, attendre le mariage, être un bon mari ou une bonne épouse, être un bon employé pour aimer et être aimé, accepté ? 

Nous ne voulions plus de cet amour basé sur les apparences, sur l'obéissance à des principes, à des règles et des liens pré-établis.

A l'époque aimer son professeur menait à la prison (Mourir D'aimer 1971) aujourd'hui cela conduit à la présidence de la république !

Nous voulions nous aimer de façon inconditionnelle, pour ce que nous sommes. Contrairement à nos ainés pour qui amour rimait avec devoirs, nous voulions être libres de nous aimer avec ou sans projet, juste pour le plaisir d'aimer et d'être aimé.

Pour les générations qui nous ont précédé, même si le plaisir n'était pas complètement occulté, les relations affectives et sexuelles avaient souvent la procréation (fonder une famille) comme objectif. Nous revendiquions le droit de prendre du plaisir sans être obligé de procréer.

Nous revendiquions le droit de vivre ensemble sans être obligés de fonder une famille. Nous contestions le mariage en tant que formalité donnant le droit de vivre ensemble, formalité souvent basée sur des intérêts juridiques et économiques. Nous voulions désinstitutionnaliser la relation de couple.

Nous remettions le couple et la famille en cause, tout en ne sachant pas comment faire face à l'insécurité affective, à la jalousie. Nous souhaitions dépasser des acquis sans en connaitre les limites. Accepter que l'autre ait une vie qui lui est propre, accepter de ne plus être le centre du couple, n'était pas aussi évident que ce qu'on en disait.

Les critères de la relation affective avaient aussi changé: on faisait moins attention à l'apparence physique, encore moins aux conditions sociales. On cherchait d'abord une beauté intérieure qui se percevait dans le charisme qui émanait de la personne.

Combien de femmes rayonnaient d'une tendre sensualité sans pour autant être des top modèles. C'était leur façon d'être qui les rendaient belles. Les femmes "fleurs" étaient rayonnantes, fraîches, en contraste avec les "yéyés" un peu rigides aux coiffures laquées, avec leurs faux cils, leurs masques de fond de teint, leurs panthies et collants nylons. Qu'est-ce que les hippies étaient solaires lorsqu'elles prenaient des responsabilités et des initiatives, lorsqu'elles s'affirmaient, lorsqu'elles nous taquinaient avec leur nouveau pouvoir.

Combien de garçons paraissaient beaux lorsqu'ils se mettaient à jouer de la guitare, à chanter, à travailler, à devenir créatifs, et lorsqu'ils se laissaient aller à être tendres !

Cela a eu des répercutions sur la relation de couple: comme le droit d'avoir des projets différents, d'avoir des amis différents, et plus concrètement dans le partage des taches, des responsabilités, le respect de l'autre, avec des répercutions sur la famille et la vie en général. On n'attendait plus un rôle prédéfini, mais un ou une partenaire impliqué, une complicité. Cela a contribué à la montée en puissance du mouvement de libération de la femme et à la reconnaissance de l'homosexualité.

Le droit d'être soi et le plaisir d'être reconnu ou accepté pour ce que l'on est et non pour ce que l'on devrait être.

  1. Puce La nudité a été tour à tour valorisée et interdite par alternance depuis la nuit des temps, sur tous les continents. Nombre de statues, de tableaux, d'oeuvres d'art, plus tard de photos, de films en ont fait l'apologie à travers les siècles. Elle ne date pas des hippies: elle a été manière d'être et de vivre, coutume ethnique et culturelle, signe de libération des moeurs, revendication, protestation, provocation, dans de nombreuses régions du monde sous l'influence de cultures différentes.

En France à la fin du 18ème siècle à la suite de la Terreur de la Révolution Française qui avait imposé une certaine rigidité et entrainé une forte morosité, les Merveilleuses (1794) ont troqué leurs vêtements austères pour des décolletés suggestifs, des voiles transparents laissant apparaître leurs formes, des tuniques et des robes de style grec ou romain. Certaines apparaissant pratiquement nues sous leurs tenues, ont provoqué un certain nombre de protestations.

Le mouvement naturiste pour qui la nudité n'était qu'un aspect s'est développé en Europe, notamment en Allemagne, en Autriche, aux Pays Bas, en Scandinavie depuis la fin du 19ème siècle.

En France, C
hristiane Lecoq, pionnière du naturisme d'après guerre, fonde la Fédération Française de naturisme en 1950.

En 1963 une commission interministérielle a contribué à l'aménagement de villages et de camps de vacances naturistes, qui comptent de plus en plus d'adeptes chez les enseignants et chez les ouvriers avant de séduire la classe moyenne.

La pratique du nudisme, notamment sous forme collective, correspondait à des valeurs morales associées au respect de soi et des autres, à la tolérance (la nudité balaie les signes distinctifs des statuts sociaux), elle concerne aussi le respect de l'environnement. La majorité des naturistes voulaient être "eux-mêmes", sans artifices. La sexualité étant réservée à la sphère privée et intime. Ils affichaient une certaine éthique assortie d'une hygiène de vie. La nudité étant pratiquée pour le plaisir d'être nu et non pour inviter ou provoquer des relations sexuelles.

Les hippies n'ont fait que ré-exprimer le phénomène, à leur façon: si certains se déshabillaient pour provoquer, la majorité le faisaient pour le plaisir et par sensualité, pour affirmer leur volonté d'être vrais, "natures", sans cachotteries.

La nudité était devenue symbole de liberté, d'innocence, de pacifisme. C'était une manière d'être ensemble, et si érotisation il y avait c'était avant tout une façon de partager le plaisir de se voir et de se montrer, en toute complicité, le plus naturellement.

Beaucoup de "mâles" se sont trompés sur nos intentions. Le "rut" dans lequel ils se fourvoyaient témoignait de leur incapacité à donner dans la nuance et le respect. L'homme des cavernes a toujours des enfants qui trainent quelque part.

Voir et montrer n'impliquaient pas une invitation à consommer. Nous découvrions les nuances et le plaisir d'une sensualité partagée.

Nous  ne voulions surtout pas être des marchandises ou des gadgets.

Après Playboy en 1953, Daniel Filipacchi (Salut les Copains), Frank Tenot, Jacques Lanzmann créent en 1963 le magazine LUI, qui n'était pas une revue hippy ni underground, offrant à la vue de tous, des corps sublimes de femmes magnifiées par des photographes de talent. Mais cela restait virtuel, les modèles y étaient moins déshabillées qu'aujourd'hui, et ce genre de revues siégeaient à l'époque, sur le rayon le plus élevé de la librairie (hors de portée).

Les straights aimaient regarder, sans prendre de risque, et surtout sans en avoir l'air.

  1. En France, dans les 70's la nudité n'était pas évidente à gérer, bien qu'elle s'affichait dans tous les médias: sur une plage naturiste du nord, nous étions fréquemment importunés par des voyeurs qui se cachaient dans les dunes pour mater, prendre des photos avec un téléobjectif ou se masturber. J'imagine ce que cela doit être 40 ans plus tard avec l'avènement du numérique et l'anonymat des réseaux sociaux !

  2. Je me souviens lorsque ma compagne faisait du topless sur une plage du sud de la France(1971), ce qui était encore rare à l'époque, comment nous étions aussitôt encerclés par une trentaine de mâles (30-50ans) qui regardaient avec insistance, parfois de façon grossière. L'homme des cavernes a toujours des enfants qui trainent quelque part.

  3. Puce Quant au sexe, cela faisait un moment qu'il cherchait à se libérer ! Orgies, bacchanales, rites initiatiques, fêtes rituelles, danses tribales ont parcouru l'histoire et les peuples à la recherche du grand frisson ou de l'initiation depuis l'aube des temps.

Bien que timide (contrôlé) le cinema de mes parents affichait souvent des images très suggestives. Le chemisier légèrement transparent laissant entrevoir les seins nus de Rita Hayworth dans Gilda (1946), la danse lascive de Debra Paget dans le tombeau Hindou (1959
), les décolletés plongeant, et les robes suggestives de la plupart des actrices américaines et italiennes d'après-guerre, les films italiens et les films yéyés de notre adolescence et leurs actrices en mini-jupes, pulls "chaussettes" moulants valaient bien les tuniques indiennes et les robes translucides de nos compagnes.
  1. Je me souviens avoir découvert dans le grenier, des cartes postales que mon grand père avait envoyées à ma grand mère: textes enflammés au dos de photos au ton sépia de femmes dénudées (1920).

  2. Dans les 50's-60's, nous allions danser le samedi soir dans des dancings. Il s'agissait d'impressionnants bâtiments capables d'accueillir des centaines de clients. Des groupes rock locaux, parfois internationaux s'y produisaient.

Dans les voitures stationnées sur les parkings, que ce soit à Monenteuil (02-France) à la Ferme Blanche (Belgique) tous les samedi soir des couples faisaient l'amour, souvent après quelques slow, sans parfois connaître le prénom de l'autre.

Lors du stationnement de la base militaire américaine à Couvron (02) le parking de Monenteuil ne désemplissait pas !

Les "boys" avaient un appétit féroce et les filles étaient très "excitées" à l'idée de faire l'amour avec un Yankee ! Tout comme les jeunes puceaux français de la même époque étaient excités à l'idée d'aller faire un séjour linguistique en Angleterre. Les petites anglaises ayant la réputation d'être "chaudes et faciles".

Lors des surboums les parents s'absentaient parfois, laissant le champs libre à des beuveries, des coucheries, chacun attendant son tour pour avoir accès aux chambres à coucher, avec l'impression d'avoir accompli un rite de passage lorsqu'il avait eu une fille et qu'il pouvait s'en vanter auprès des copains ! Les pères étaient fiers de savoir que leurs fils "étaient" enfin des hommes, les mères avaient peur que leurs filles "tombent enceintes". La libération sexuelle était déjà bien entamée.

  1. Puce Ce qui a changé avec les hippies était l'humanisation et la féminisation du rapport sexuel: les filles ne voulaient plus être des objets, des gadgets au service des garçons. Elles s'autorisaient à faire l'amour, sans complexe, en réclamant l'égalité des sexes. Elles ne couchaient plus avec un garçon dans l'espoir d'être aimées, voire épousées. Elles faisaient l'amour pour le plaisir, sans rien attendre en retour. Elles prenaient l'initiative de la relation. Elles nous invitaient à laisser tomber le "machisme"qui nous caractérisait pour faire l'expérience d'une sensualité partagée. Les garçons découvraient qu'il n'y avait pas de mal à être tendre. Nous apprenions à nous respecter, et découvrions que pour être un bon amant ou une bonne maitresse, il importait de considérer l'autre comme un individu.

Nous avions notre bible du savoir aimer avec tendresse : "Les joies du sexe" d'Alex Comfort, un hymne à l'amour partagé.

L'amour hippy s'attache à vivre une expérience spontanée, sans baratin: vivre le présent intensément. Tu me plais, je te plais, je suis bien avec toi, j'ai envie de toi et toi as tu envie de moi ?

Progressivement le sexe cesse d'être honteux, tabou, limité à la chambre à coucher maritale, avec la peur de la grossesse. Il s'octroie le droit au plaisir créatif et tendre, sans culpabilité.

Depuis le début du monde, les garçons étaient génétiquement demandeurs. De nouveaux partenaires s'associent à la génétique, l'intelligence et le coeur. Grâce à la libéralisation de la contraception, éprises de liberté et de responsabilité, les filles deviennent demandeuses et s'octroient le droit de choisir en dehors de toute contrainte, elles s'autorisent à engager une relation sexuelle et à prendre du plaisir sans prendre de risques, sans culpabilité.

Cela a bouleversé les habitudes. Il s'agissait de donner et de prendre du plaisir dans un contexte de liberté (libre de donner, libre de recevoir, libre de refuser), sans jeux de rôles. Si beaucoup en ont profité,de nombreux garçons ont vu leur vie changer grâce aux Flower Power.

L'orgasme partagé s'apparente à un trip à deux, parfois à trois, ou à plusieurs. Sans le coté échangiste/exhibitionniste/voyeur du Cap d'Agde. L'effervescence du moment invitait à faire des expériences, à les décliner sous différentes formes, sans autre but que de vivre une expérience. Ce que nous faisions souvent maladroitement, avec les erreurs, les angoisses et parfois la souffrance des néophytes. Il ne s'agissait pas d'en faire un show.

  1. Puce Certaines filles filles qui se donnaient plus facilement aux hommes un peu plus âgés ou dotés d'une certaine aura: les gurus (elles prenaient et prennent encore l'étreinte avec un guru pour une bénédiction), les écrivains, les musiciens, les artistes (elles aimaient être invitées aux soirées branchées), les journalistes en vue, les organisateurs de festivals, les leaders de communautés, tout ceux qui avaient un statut social qui faisait rêver. Cela n'a pas beaucoup changé!

Il y avait des prédateurs et des "tordus" qui "s'intégraient au mouvement" pour abuser de ce que les Flowers Girls offraient si généreusement. De quelques années leurs ainés, ils aimaient jouer aux "guides" pour tirer profit de cette libération soudaine. C'était souvent ceux qui, avec un large sourire en biais déchirant une barbe fournie, rabâchaient les "idéaux hippies", invoquant "la fraternité", "la liberté", "les résistances petites-bourgeoises", se croyant obligés d'en ajouter une couche pour assouvir leur appétit. L'homme des cavernes a toujours des enfants qui trainent quelque part.

Certaines drogues au pouvoir désinhibiteur ont été à l'origine d'excès sexuels dus à l'abolition des limites, à l'anihilation des mécanismes de défense, ce qui a rendu de nombreuses personnes vulnérables. Sous l'effet de certains produits, on ne savait plus très bien dire non,  ni se souvenir avec qui on faisait l'amour.

Certains happenings et certaines soirées "enfumées" ou "poudrées" dégénéraient parfois en "orgies", notamment dans le milieu artistique. Mais à l'époque c'était plus du délire qu'une tendance narcissique comme ça l'est devenu aujourd'hui dans les milieux lycéens, étudiants, jeunes cadres avec les SAD party(Sex,Drud,Alcool), les PNP (Party and Play) et les chemsex de la fin du 20ème siècle et début du 21ème avec des produits volontairement destinés à abuser des autres comme le GHB (gamma hydrox butyrate= drogue du violeur), le GBL (gamma butyro lactone) le crystal meth et les sextapes qui en découlent.

  1. Puce Fin des 60's, début des 70's, il n'y avait pas un film (comédie, policier, drame, western) où on ne voyait pas au moins une femme entièrement nue. C'était une tendance générale, tout le monde profitait de cette libération, même les straights qui critiquaient les hippies.

Le cinema s'érotise: Edwige Fenech, Jane Fonda, Brigitte Bardo, Françoise Arnoul, Catherine Spaak, Christina Lindberg, Françoise Dorléac, Françoise Pascal, Jacqueline Bisset, Michèle Mercier, Charlotte Rampling, Marlène Jobert, Carole Laure, Miou Miou, Isabelle Adjani, Isabelle Huppert, Anicee Alvina, Christine Boisson, Florence Guerin, Lilli Carati, Pauline Larrieu Anne Libert, Sandra Julien et bien d'autres, se déshabillent pour notre plus grand plaisir, apportant une touche de sensualité "bon enfant"au 7èmeart en même temps que Sylvia Kristel nous initie au premier film érotique grand public.                  

Hamilton nous émoustille avec ses posters et plus tard ses films aux images "embuées" (Bilitis, Premiers désirs ...).

Jean François Davy fait monter la température avec un film érotique gentillet au nom provocateur: Bananes Mécaniques.

Bien que n'étant pas le style cinématographique préféré des hippies, profitant du mouvement,l'érotisme et le "porno" font leur apparition dans les salles publiques, n'ayant pas encore fait l'objet de débat sur la moralité: Sweet movie,                     Christina Lindberg

Glissements Progressifs du Désir, Kermesse Erotique, Devil in Miss Jones, Gorge Profonde,Rolls Royce Baby, Turkish Delice, Sweet Savage etc... Le cinema italien n'étant pas en reste avec les films érotiques de Tinto Brass.. 

La riposte ne s'est pas faire attendre avec le maire de Toulouse, Jean Royer, qui part en croisade contre l'érotisme et la pornographie, obtenant du gouvernement que ces films soient surtaxés et projetés dans des salle spécialisées.                  

Bien que soit disant "taboue" l'homosexualité était abordée de front dans de nombreux films, sans qu'on en fasse un monde:

le Décameron, Cabaret, Mort à Venise, Midnight Express, Emmanuelle, Je t'aime moi non plus, 1900, Les yeux de Laura Mars, Une journée particulière, Trois femmes, Contes Immoraux, Birdy et tant d'autres films exhibent des scènes montrant des rapports homosexuels sans chercher à choquer ni à ridiculiser, encore moins à revendiquer l'appartenance à un monde à part. On pouvait être gay sans avoir besoin de faire un "coming out", la discrétion relevant davantage de l'intimité que d'une obligation de se cacher.

Le concept d'homophobie semble avoir évolué avec cette tendance à vouloir mettre tout ce qui relève de l'intime sur la place publique.


  1. Puce Les communautés ne sont pas l'apanage des hippies. De tous temps des hommes et des femmes qui souhaitaient vivre selon des valeurs qui n'étaient pas partagées par la majorité se sont retirés afin de vivre en paix.

Au USA, il y a eu les communautés d'européens venus coloniser le nouveau monde qui se regroupaient par nationalités, par religions, comme les Quakers, les Shakers, les Mormons fin 19èmedébut du 20ème,

En France Charles Fourrier et son phalenstère, Etienne Cabet et son Icarie ( tous deux fin 18ème début 19ème), Godin et son familistère (début 20ème) en Angleterre, fin du 19ème et courant du 20ème, de nombreuses communautés voient le jour en réaction à la montée du capitalisme et de l'industrialisation: Leeds, Blackburn, Leicester, Lane à Rgaman, Buble à Tinker,  toutes ont laissé des traces, ont apporté des idées. En France il y a eu le mouvement des Castors, créé en 1921 qui s'était développé dans les grandes villes: coopérative d'ouvriers qui accédaient à la propriété individuelle, en construisant eux mêmes leurs maisons sur la base d'un réseaux d'entre-aide.

Inspirées par les anciens, et motivées par l'envie de se retrouver "entre-soi", d'être ensemble et de partager la force (la puissance) que donne le fait de se regrouper, les communautés hippies sont apparues plus rapidement et davantage aux Etats Unis qu'en France. D'abord urbaines, puis rurales lorsque les hippies ont été "fatigués" des harcèlements de la police, des conservateurs (de droite et de gauche), elles s'installaient sur des friches, des lopins de terre à réhabiliter, des fermes à retaper, dans certains villages plus accueillants que les autres.

Les années 71-72-73 ont été les plus florissantes à ce niveau en France. C'était la période où les mouvements associatifs et coopératifs étaient les plus nombreux et les plus innovateurs.

C'était aussi la période où de nombreux citadins, voire des familles nanties, laissaient tout pour partir vivre sur une île, ou dans une campagne isolée, ou sur un bateau autour du monde pour changer complètement de manière de vivre. 

En France, l'expérience de Jacques Massacrier et la publication de son best-seller "Savoir revivre" illustraient bien la tendance de l'époque.

Entre les deux il y avait ceux qui vivaient de façon communautaire à temps partiel, ou pendant les vacances, ils n'en étaient pas moins dans le mouvement. Vivre en communauté n'était pas une condition.

Les motivations étaient de quitter le côté réducteur de la famille nucléaire, de créer un espace de convivialité proche de la vie tribale, tolérante et sécurisante. Chacun était censé s'y épanouir en toute liberté, en sécurité.

A l'époque nous avions un fabuleux besoin d'être entre nous, de nous regrouper.

L'objectif de la plupart des communautés était de vivre selon les valeurs qui sous-tendaient le mouvement hippie: pacifiquement, écologiquement, spirituellement, librement, démocratiquement, en évitant de devenir esclave de l'argent et de la consommation. Elevages, culture vivrière, tissage, arts plastiques etc...devenaient les ressources principales de ces groupes fraternels.

  1. 1975 - Malheureusement peu de communautés survivront au mouvement :

  2. - parce que l'environnement n'y était pas toujours favorable,

  3. - parce qu'à force de vouloir tout mettre en commun, de vivre en permanence sous le regard des autres, cela a fini par porter atteinte aux libertés et par démotiver les plus convaincus.

  4. - parce que la disparité entre l'investissement physique, économique, affectif de certains et la non-implication de beaucoup d'autres a fini par décevoir et annihiler les initiatives.

  5. - parce que les travers que nous avions fuis revenaient au galop: le libertinage parfois à sens unique finissait par créer des animosités, de la souffrance. Il y avait aussi toujours un "mec" qui finissait par avoir un ascendant (pouvoir) sur les autres, ou par vouloir tout régenter.

  6. - parce qu'on ne pouvait pas continuer à vivre sans un minimum de règles sociales (répartitions des tâches, des responsabilités, des heures de travail etc...),

  7. - parce que la naissance, la prise en charge et l'éducation des enfants finissaient souvent par créer des tensions, des désaccords.

  8. - parce que vivre ensemble n'était pas aussi simple que nous l'avions imaginé.

Allan Watts écrivait: "Dans une communauté hippie idéale, il n'y a qu'un seul principe valable : faites ce que vous voulez comme vous l'entendez , mais si votre truc consiste à ne rien faire du tout pendant que les autres travaillent autour de vous, il est grand temps que vous changiez ou que vous partiez."

Fin des années 70, la majorité des communautés avaient disparu, par abandon, du fait de leurs difficultés de fonctionnement. Celles qui ont survécu le plus longtemps sont celles où il y avait un minimum de structure et de règles sociales, ainsi que celles où l'on consommait le moins de produits stupéfiants.

  1. Je me souviens d'un ami, qui tenait une boutique de matériel photo. Il rêvait de tout plaquer pour vivre autrement, jusqu'au jour où il l'a fait: avec ses économies il a acheté en viager une vieille bergerie et un troupeau de chèvres dans les montagnes Corses.

Avec sa compagne ils faisaient de délicieux fromages qu'ils vendaient sur les marchés, se contentant du peu qu'ils avaient pour vivre. Jusqu'au jour où des nationalistes, réfractaires aux continentaux et encore plus aux hippies ont brûlé sa bergerie, et massacré une partie du troupeau. L'homme des cavernes a toujours des enfants qui trainent quelque part.

Il y a eu ceux qui sont revenus chez leurs parents, ceux qui ont repris les études ou le travail, ceux qui ont réintégré le système comme si rien ne s'était passé, ceux qui ont repris une vie "normale" tout en restant fidèles aux valeurs hippies, et ceux qui sont restés sur le bord de la route, largués, abîmés.

  1. Puce Les fringues : Les vêtements ont souvent été des signes d'appartenance, de reconnaissance et de dissidence.

Par exemple, après la période de Terreur de la Révolution Française, sous le Directoire (1794), les hommes et les femmes ont eu besoin de marquer la différence avec la morosité et les pressions révolutionnaires. Les femmes (les Merveilleuses) ont dévoilé leur corps et leurs formes, les hommes (les Incroyables) se sont laissé pousser les cheveux qu'ils tressaient ou qu'ils relevaient avec un peigne, ils ont porté des vêtements plus excentriques, et des binocles, même quand ils avaient une bonne vision. La tendance n'était donc pas nouvelle.

    C'est
vrai que notre façon de nous vêtir était un moyen de nous démarquer du système. Mais c'était aussi une façon de voir la vie, en couleurs.

Fin des 50's début des 60's, les filles n'avaient pas le droit de porter de pantalons, ni de se maquiller, ni de porter des bijoux ou des talons hauts à l'école. La plus part des garçons portaient des shorts, des chaussettes montantes et des pulls tricotés par leurs mères, souvent de couleurs foncées.

L'époque yé-yé relevait d'un certain conformisme, souvent sous la pression des parents: les pantalons tergal "cigarettes" (ancêtres des slim!), les pulls à cols roulés, les chemises rayées, les pull jacquards, les lodens et autres duffle coat, pour les garçons, les robes à cols, les jupes plissées, les fuseaux, les collants, les panthy, pour les filles. Une façon de s'habiller qui tout en se voulant moderne relevait d'une certaine rigidité comme la laque qu'elles portaient sur les cheveux.

Comme nous avions peu d'argent et que nous ne voulions plus porter les vêtements prônés et vendus par le système, nous achetions nos vêtements d'occasion dans des surplus que l'on appelait stock américains: nos premiers pantalons pattes d'eph étaient des pantalons rebuts de la marine américaine taille basse, serrés au fesses et larges dans le bas, avec la braguette en pont levis, et le caban de la même marine américaine (achetés au poids par les commerçants aux surplus américains). Nous achetions nos "chemises de grand-père" au puces de Clignancourt, qui serviront aussi de liquettes à nos copines, qui les portaient à moitié nues en guise de robes, avec une ceinture de cuir tressé.

    Plus tard nous allions dans les friperies qui s'ouvraient un peu partout, et dans des magasins spécialisés qui avaient compris le message. Les vêtements d'occasion faisaient fureur.

Les jeans Levis 501, encore fabriqués aux USA avec de la toile de Nîme (denim) pas encore délavée et "sans Lycra", se révèlent pratiques et économiques parce qu'inusables. A l'époque ils ne collaient pas encore aux jambes.

Les filles découvraient avec les jeans le plaisir de porter des pantalons, sans pour autant ressembler à des mecs. Nous les décorions de dessins, de patchwork, les filles les brodaient. Leur prix était encore abordable. Nous achetions aussi d'autres pantalons pattes d'eph en velours frappé appelés "peau de pêche".

   Jusqu'à ce que les premiers routards rapportent de leur trip en Asie, les gilets afghans en peau retournée et brodée, des tuniques indiennes, des tissus bariolés ou à miroirs, des sandales en cuir plates appelées chappals. Nous avions aussi des bottes mexicaines ou camarguaises en cuir épais qui se tannaient avec le temps après nous avoir meurtris les pieds, des sabots suédois en cuir et bois ou des mocassins indiens Lobbo. C'était aussi l'époque des kickers, et des Calrks, autant de souliers modulables, customisables.

    Au début les filles portaient plus ou moins les mêmes fringues que les garçons, qu'elles personnalisaient à leur façon, avant de découvrir les jupes longues gitanes ou indiennes en crêpes, les tuniques indiennes plus ou moins transparentes et échancrées qu'elles portaient sans soutifs trop contraignants - no bra et parfois sans culotte - no panties, les gilets sans manches fait au crochet, dont les mailles laissaient parfois entrevoir le bout de leurs seins, le vent soulevait parfois leur robes en dévoilant leur fleur. Elles portaient aussi des shorts courts et des salopettes en jean's, assez larges pour laisser entrevoir leurs formes. Dieu qu'elles étaient sensuelles ces femmes fleurs avec leur tee shirt qui mettaient leurs pokies en valeur.

Jusqu'au jour où Mary Quant (1962) et Courrèges (1963) ont lancé la mode des mini-jupes qu'elles portaient avec des boots en peau, des cuissardes, des chaussures à semelles compensées, qui les faisaient grandir de 7 cm.

  
Beaucoup d'entre nous se laissaient pousser les cheveux et la barbe, pour affirmer liberté et indépendance face à la conformité, glabre et guindée.

Certain(e)s portaient un bandanas, un lacet de cuir tressé ou un bandeau fleuri dans les cheveux. Garçons et filles portaient des colliers, des bracelets en perles de verre et de bois, en coquillages, en cuir, en métal, en clous de fer à cheval, toujours fabriqués "maison" ou par des copains, et  souvent des petites lunettes rondes à la John Lennon.

D'autres cousaient leurs vêtements en utilisant des tissus très colorés, réalisant de très jolis patchworks. Nous avons teint des tee-shirts façon tie & dye, transformant nos poitrines en cibles pour les flèches de Cupidon. D'autres tissaient la laine pour leur pancho. Beaucoup possédaient leur propre métier à tisser.

Les coloris, les textures, les transparences, les matières se voulaient être un hymne à la vie, à la joie, à l'harmonie, à la créativité, à la liberté. On se parfumait au patchouli parce que ça n'était pas cher et que ça venait de l'orient, mais qu'est ce que c'était écoeurant ! Les filles se teignaient les cheveux au henné. Heureusement ça n'a pas duré longtemps, elles sont vite revenues à leur teinte naturelle.
Nous avions le même style, mais  chacun personnalisait ses vêtements de façon unique, contrairement aux modes actuelles où tout est uniformisé.
  1. Puce Quant aux fleurs que l'on retrouvait dans nos cheveux, sur nos tissus, sur nos mûrs, elles se voulaient symbole de paix et d'amour. Elles étaient l'expression d'un désir profond d'en finir avec la violence, avec la guerre, avec l'intolérance.

Très vite les businessmen/importateurs du système de consommation ont saisi les enjeux en récupérant la tendance, transformant nos habitudes vestimentaires en mode lucrative, ouvrant partout des boutiques spécialisées dans les vêtements et les accessoires hippies. C'était le début des jean's délavés, déjà usés (donc moins inusables). L'obsolescence programmée par les multinationales nous rattrapait.

Marithé et François Girbaud, stylistes(Western House) vont officier dans le look branché de l'époque en donnant au jean's délavés ses lettres de noblesse, avant d'être copiés par les opportunistes asiatiques.

Cela a contribué à faire grimper les prix des fringues dont nous avions besoin, cela a permis au plastic hippies (hippies du dimanche et autres jet-setteurs) de se déguiser lorsqu'ils (elles) voulaient se donner l'impression d'être dans le coup.

Les artistes de variété en ont largement abusé afin de récupérer un public et des royalties. Je m'amusais de voir Johnny Hallyday, seul chanteur français à avoir ouvertement critiqué les hippies "idées courtes et cheveux longs", relooké par Jean Bouquin en plastic hippy, chanter "Jésus Christ" ou "San Francisco" lorsque c'était devenu commercialement opportun.

A l'époque, très vite notre façon de nous habiller nous vaudra des stigmatisations qui dureront longtemps après le mouvement, chaque fois que nous sommes étiquetés ironiquement de baba cools.

On retrouvera plus tard(2014/2016) chez Denim & Supply de Ralph Lauren le style de fringues dont les Enfants Fleurs aimaient se vêtir.

Les conservateurs nous prenaient pour des clowns parasites, immatures, les prolétaires et les gauchistes nous prenaient pour des clochards partouzeurs inefficaces et efféminés qu'ils traitaient souvent de "pédés". En usine nous n'avions pas toujours la vie facile !

  1. Puce La drogue. De tout temps, sur tous les continents, les humains ont pris des substances diverses pour des raisons diverses: les chamans ou les hommes "médecine" utilisaient des herbes, des champignons et des résines pour se connecter au monde des esprits et acquérir les "connaissances" destinées à soulager ou interpréter les problèmes de leurs villages.

Les fêtes rituelles ou initiatiques ont utilisé des produits pour favoriser le passage d'une tranche d'âge à une autre.

Partout des hommes ont pris des produits pour soulager une souffrance physique ou métaphysique. Les Africains de l'Est machouillaient du kat pour supporter l'existence, les paysans de la chaine Andine mâchaient de la coca pour supporter l'altitude, les Africains de l'Ouest mâchaient la noix de cola pour lutter contre la fatigue et la faim, les Africains du Nord fumaient le kif en rêvant à des jours meilleurs, des occidentaux et des Chinois touchaient à l'opium, à l'héroïne, à la cocaïne pour le plaisir, pour amplifier ou fuir des sensations, ou simplement parce que c'était mondain.

L'Afghanistan, la Turquie, la Thaïlande, la Chine et plus tard l'Amérique du sud produisaient les drogues dures dont le monde avait besoin pendant que les Français se désinhibent avec la "kronembourg", "le ballon de rouge" et le "Ricard" en toute légalité.

  1. Ce qui a changé avec les hippies c'est que la prise de drogues (dites douces) et hallucinogènes, n'était pas une tentative
    de fuir ou d'oublier le monde, mais au contraire une tentative d'en découvrir et d'en créer de nouveaux et de le vivre plus intensément.

C'était aussi une marque de convivialité, de partage qui est vite devenue un passage obligé. C'est vrai que souvent, faire tourner un joint lord d'une soirée, relevait davantage du cérémonial du calumet de la paix que d'une recherche d'étourdissement. Cela s'apparentait à un rituel de fraternité. Ce rituel a vite transformé une liberté en contrainte, recréant des conformismes que nous avions fuis.

Il était difficile de ne pas en prendre si on voulait garder une place dans le groupe. Ce qui était paradoxal pour un mouvement qui voulait se libérer des conventions et des modèles sociaux.

Résister pouvait signifier un refus de cette symbolique "fraternisante". Paradoxalement, beaucoup qui se disaient tolérants, acceptaient mal que l'on déroge à ce rituel. C'était alors, pour ceux qui refusaient d'en prendre, le prix à payer pour affirmer liberté et identité, pour pouvoir agir et être en évitant les pièges du mimétisme ambiant. Quoi qu'on dise, être hippy n'était pas forcément être un fumeur de joint, ni un suceur de buvard. Refuser de toucher aux drogues n'impliquait pas que l'on se soit pas imaginatif, créatif, dans le mouvement.

  1. Au début assez peu de hippies touchaient aux drogues douces, parce que ce n'était pas d'actualité. L'objectif était de contester, de s'affirmer lucidement, de revendiquer une place différente.

Très vite, au fur et à mesure que le mouvement prenait forme, sous la pression/l'influence des prophètes de l'acide, d'artistes prescripteurs, les jeunes se persuadaient que les drogues "dites douces" les aideraient à être plus performants, plus inventifs, plus libres, plus "vrais".  Devant la créativité débordante de l'époque, ils ne pouvaient qu'être convaincus. Joe Cocker chantait à Woodstock: "Let's Go Get stoned".(vas y défonce toi)

Take it easy, cool, défonce, stone, faire un trip deviennent des états d'âme à rechercher, à partager, à afficher.

Le hachich faisaient planer en laissant entrevoir l'autre côté du miroir, l'acide annihilait les barrières mentales et faisait passer derrière le miroir en offrant des sensations nouvelles.

Marijuana et hachich étaient les drogues de la fraternité, de la paix (cool).Champignons et LSD étaient les drogues du rêve, des expériences (le trip).

  1. Certains se sont mis à prendre des produits hallucinogènes parce qu'une première expérience leur avait révélé des choses sur eux mêmes (introspection, sensations/plaisirs) jusque là inhibés.

  2. D'autres ont pris des produits parce que c'était "dans le vent". Le mimétisme ! La peur de ne pas être comme les autres, qui était d'autant plus forte que les autres faisaient courir le bruit que ceux qui n'en prenaient pas n'étaient pas dans le coup. Il fallait du courage pour refuser et ne pas tomber dans le panneau. Cela n'a pas beaucoup changé !

  3. D'autres encore prenaient des drogues hallucinogènes par provocation, pour réaliser quelque chose d'interdit ou de risqué.

  4. En général, ceux qui se droguaient aux produits hallucinogènes le faisaient pour expérimenter des modifications de conscience, de la perception, pour être en phase avec ce qui se passait dans l'instant.

Jusqu'en 72/73 les drogues dites douces (essentiellement Hachich, marijuana, peyolt, acide) étaient peu onéreuses. Le "commerce" était fait par des copains qui en rapportaient de leurs voyages à l'étranger ou qui connaissaient quelqu'un. Généralement il s'agissait de produits "clean", brut, venant directement du producteur ou du laboratoire. C'était un marché "bon enfant".

A partir de 1973, ce sont des mafias et des dealers qui prennent le marché en main. Les prix se sont mis à grimper, les dealers ont commencé à couper les produits afin d'augmenter leurs gains, et à pousser à la consommation de drogues plus dures et plus rémunératrices. Il y avait de plus en plus de bad trips.

  1. Finalement, de l'expérience, nombreux sont ceux qui sont passés à la dépendance. De l'herbe du printemps des hippies beaucoup ont glissé sur la neige de l'hiver des junkies.

Comme à chaque fois que l'on repousse des limites on se trouve confronté à de nouvelles limites, la désillusion, le découragement s'installe, avec sa cohorte de dérives: les drogues dures font leur apparition dans le mouvement, avec dans leur cortège:  des décès - Janis Joplin, Jim Morrison, Brian Jones, Jimi Hendrix, et des centaines d'anonymes, des crimes odieux comme celui Sharon Tates par la tribu Manson et d'autres anonymes, des actes de délinquance, des comportements asociaux qui ont largement contribué à alimenter la répression et à discréditer un mouvement qui commençait à être crédible: de plus en plus de médias sérieux consacraient des reportages, des interviews au mouvement hippie.

A partir du début des 70's, nous avons commencé à rencontrer des junkies, qui n'en étaient plus à faire des expériences psychédéliques.

Ils(elles) passaient leurs journées enfermés dans des squats ou des chambres insalubres, dans des hôtels sordides à se défoncer dans des souffrances parfois insupportables. A quoi servait d'aller à Katmandou, à Goa, à Bangkok si c'était pour rester enfermé dans une chambre avec une seringue ? Ils revendiquaient la liberté, ils se sont emprisonnés.

Comme l'écrit J.J Carrière "Ils se disent adversaires de la société (de consommation) et ils en consomment sa merde"(shit) et d'ajouter "la drogue, et cela vaut pour tous les régimes(politiques), si on la laisse se répandre, si même on en facilite discrètement l'usage, va vite se retourner et déconsidérer ceux qui s'y adonnent avant de les éliminer." Les années d'utopie - Plon Pocket- 2003

Cela m'interpelle, 40 ans plus tard, sur les intentions de la Chine, qui après avoir envahi le monde de ses produits copiés et manufacturés rarement de bonne qualité, colonise d'autres pays, en même temps qu'elle inonde le monde de drogues de synthèses plus dangereuses encore que celles que nous avons connues (Flakka, 4-MEC et autres merdes)     http://www.slate.fr/monde/77330/chine-trafic-drogue   

http://www.lepoint.fr/societe/1ere-saisie-d-une-nouvelle-drogue-de-synthese-en-provenance-de-chine-25-02-2011-1299645_23.php

 

  1. Puce Les voyages et le nomadisme: comme pour chacun des thèmes invoqués, les voyages n'échappent pas aux besoins qu'ont eu les hommes de tous les continents, et de tous les temps, d'explorer, de découvrir, de partager, parfois de coloniser. Voyages d'échanges et de commerce (voyages d'affaires), voyages ethnologiques, voyages de découvertes, voyages initiatiques, voyages touristiques. Combien de noms nous ont précédés: Ulysse, Magellan, Christophe Colomb, Stanley, Livingstone, Henry de Monfreid, Alexandra David Neel, Satish Kumar, Théodor Monod, et des milliers d'autres connus et inconnus.

A partir du 18ème siècle on commence à parler de voyages d'agrément ou de voyages récréatifs, pour désigner le déplacement temporaire de nobles et d'aristocrates qui souhaitaient visiter une région de leur propre pays et plus tard une région du monde.

Au 19ème et début 20ème siècles avec les colonies, et grâce à la modernisation des moyens de transport, les trains et les paquebots, plus tard les avions, les nantis (aristocrates, chefs d'entreprises, classes moyennes supérieures) font la découverte de régions différentes voire exotiques, de peuples différents, de manières de vivre différentes, de cultures différentes, de paysages différents : le voyage touristique est né. Thomas Cook crée sa première agence de voyage en 1841.

Jusqu'à l'apparition des premiers charters  les voyages au long cours étaient réservés aux familles aisées ou aux aventuriers. A partir de la fin des 60's, les voyages courts ou longs se sont démocratisés, ils sont devenus accessibles au plus grand nombre, sur des destinations encore balbutiantes.

  1. Ce qui a changé avec les hippies est que le voyage correspondait d'abord à l'envie de se rencontrer, d'être ensemble, de voir où l'on en est avec soi-même et avec les autres. Les hippies de New York allaient rencontrer les hippies de Californie qui étaient légèrement différents. On n'allait pas en vacances ni visiter Londres, Amsterdam, la Crète ou Goa, même si au passage on découvrait les particularités du coin, on rendait visite aux autres hippies et à d'autres peuples, on allait partager un moment, découvrir des particularités et des différences. Nous allions apprendre quelque chose sur nous même et sur les autres. Vivre simplement, être ensemble dans un endroit paisible.                                         les grottes de Matara - Crète

A Katmandou les hippies passaient plus de temps à se rencontrer dans les bars, les hôtels, dans Freaks street et sur les Durbar Square qu'à faire des randonnées ou des treaks dans le pays.

Le voyage était un moyen d'être ensemble, que l'on soit peu ou nombreux.

Le mode de vie hippie était basé sur le mouvement, une quête, un nomadisme au même titre que certaines tribus d'Afrique étaient à la recherche d'un point d'eau. Un(e) hippy se devait de bouger, de parcourir des espaces intérieurs et extérieurs.

Les destinations étaient en fonction des motivations de chacun, et pas en fonction des moyens financiers. Sur le hippy trail des Indes, j'ai croisé de nombreuses personnes qui n'avaient pas d'argent. Elles comptaient sur "la bonne étoile" et sur les autres pour les emmener jusqu'au bout de leur rêve.

  1. Ceux qui n
    e cherchaient que la défonce bon marché allaient à Ibiza, à Amsterdam, au Maroc (ça n'a pas beaucoup changé).
  2. Ceux qui cherchaient le sexe facile allaient à Ibiza(Espagne) (ce qui n'a pas beaucoup changé non plus).

  3. Ceux qui étaient influencés par les stars du moment allaient à Matara (Crète) où Dylan, Donovan, Joni Mitchell et d'autres s'étaient réfugiés dans des grottes.

  4. Ceux qui étaient attirés par la philosophie orientale ou qui étaient influencés par les prophètes, les gurus, ou le yoga allaient à Rishikesh (Inde), Poona (Inde) Goa (Inde) ou Bali (Indonésie).

  5. Ceux qui étaient fashion addict allaient à Katmandou, parce que c'était la destination à la mode(Népal), comme aujourd'hui Ventiane (Laos), Goa (Inde), Ko Samui (Thailande), Hikkaduwa (Sri Lanka), Ibiza (encore)...

  6. Ceux qui n'avaient pas de quête particulière en dehors du plaisir de se retrouver et d'être ensemble, allaient aux USA, en Grande Bretagne, en Hollande, en Allemagne, en Espagne, en Asie en fonction des événements, des concerts, des manifs, du vent....

Les modes de transports étaient divers: le stop (hitchhiking) la plupart du temps, les bus locaux, les trains, les magics bus sillonnant l'Europe et le moyen-orient jusqu'en Asie pour trois fois rien, les premiers vols charters exceptionnellement.

C'est à cette époque qu'apparaissent les vols charters destinés à mettre "le bout du monde" à la portée du plus grand nombre : le vol charter est un vol commercial organisé en dehors des lignes à dates et horaires réguliers.

Freddie Laker a été le précurseur avec sa première compagnie aérienne low cost : Laker Airways (1966) avec une ligne Londres-New York, sur DC 10 baptisé SkyTrain, lancée en 1977 (32 £ le billet contre 94 £ sur les autres compagnies). En réaction des compagnies régulières ont vendu sur une période très courte des billets transatlantiques à 1$.

En France Minerve, en 1975 et le Point Air en 1976 vont "inquiéter" Air France et UTA qui ont tout tenté pour maintenir une situation de monopole en leur mettant des bâtons dans les ailes, par le biais de l'Etat et de la DGAC.

Des agences de voyage associatives à caractère social et culturel comme le Point de Mulhouse (1965) de Maurice Freund et Nouvelles Frontières (1967) de Jacques Maillot prennent de l'essor: ils souhaitent, grâce au principe des vols charters, permettre à des adhérents moins fortunés de découvrir certaines destinations  à des prix plus accessibles.

Chaque voyage était l'occasion de faire des rencontres, d'échanger, d'apprendre, de mieux nous connaitre .

  1. Puce Le voyage hippy (hippy trail) était avant tout un voyage d'initiation, que ce soit aux produits hallucinogènes, aux philosophies orientales, à une manière de penser et de vivre différentes, à soi-même. Nous attendions tous d'en revenir enrichis, transformés.

La majorité de ceux qui entreprenaient un voyage étaient portés par l'espoir, peut être une utopie. Il y avait l'espoir d'une vie différente de celle que le système nous laissait entrevoir. Une vie plus authentique, plus "vraie", plus juste, plus paisible, plus naturelle, plus joyeuse, plus conforme à nos attentes.

Quelque soit la destination, c'était une quête dont on ressortait avec une autre façon de voir la vie.

  1. Je n'oublierai jamais ma première "route" vers la Grèce, ni celle des Indes. Je me souviens de mon premier trip à New York et à la Nouvelles Orléans, que j'avais trouvées très violentes à l'époque (beaucoup d'agressions de jour comme de nuit, même dans les rues centrales) en comparaison avec San Francisco. Je n'ai pas oublié les filles des bars branchés de la Nouvelle Orléans, où nous écoutions des groupes interpréter Arlo Guthrie ou América pendant que des Flower Girls dansaient topless et parfois bottomless sur les tables pour se faire un peu d'argent. Aujourd'hui ce sont des professionnelles qui les ont remplacées !

L'ambiance de San Francisco des 70's était extraordinaire. Il était difficile de s'en détacher. Tout le monde était si beau, si cool, si chaleureux. J'ai n'ai jamais vu autant d'artistes et de musiciens live dans la rue, ni autant de personnes aussi rayonnantes. Mais, je n'ai jamais vu autant de défoncés rassemblés au même endroit.

J'ai aussi beaucoup aimé Londres des 70's, les hippies étaient un peu moins trash qu'aux USA. Ils étaient très libérés tout en gardant une certaine retenue très british. Cela leur donnait beaucoup de charme. La rue était plus sécure qu'aux USA.

Des sex-shop s'ouvraient un peu partout dans le centre de Londres, bien que cela ne concernait pas directement les hippies, la libération sexuelle semblait profiter aux straights. Les articles étaient exposés en vitrine, il n'y avait pas de lumière tamisée, ni de rideaux pour dissimuler l'intérieur, comme en France, où les sex-shop prenaient des allures de lupanars cantonnés dans les quartiers glauques.

J'ai assisté à la première comédie musicale érotique live: Rip Off sur une musique de T. Rex, au théâtre du Windmill, celui même de Mme Henderson. Hair était une comédie de patronage à côté.

Amsterdam ne m'a pas emballé. C'étaient l'ambiance et les attitudes les plus superficielles et les plus opportunistes que j'ai rencontrées. La ville était froide, les gens semblaient tristes et coincés dans un "must be", avec des faux airs "clean & natural", les dealers étaient collants et agressifs. Je ne suis pas surpris d'apprendre qu'aujourd'hui la Hollande est le plus gros producteur et dealer de drogues de synthèse d'Europe.

Pour certains le voyage s'est terminé en bad trip: viols,  démence, marginalisation, clochardisation, décès. God bless them..

  1. Puce En guise d'évaluation: que ce soit au niveau des valeurs, de la spiritualité, des façons de penser et de vivre, nous quittions des repères qui nous asphyxiaient, pour aller vers un inconnu où tout était à réinventer, à construire, sans véritables modèles pour nous aider, avec un tas d'embuches et une pléthore de guides pas toujours très cleans.

De nombreux hippies étaient des jeunes et des moins jeunes qui étaient traversés par des courants de pensées, possédant une réelle culture hippy, par des lectures, des rencontres, soit parce qu'ils avaient une famille prédisposée à cette culture, soit parce que lors de leurs études ils avaient rencontrés des enseignants qui leur avaient fait découvrir des pistes, soit parce qu'ils avaient des amis qui leur avaient donné envie d'aller plus loin. Ils lisaient, allaient à des conférences, à des happenings, à des concerts.

  1. Je me souviens de soirées débats animées qui duraient une nuit, parfois un week end, où nous refaisions le monde de façon très argumentée, où nous nous déconstruisions et reconstruisions  façon thérapie de groupe.

Beaucoup d'autres (probablement plus de la moitié) se contentaient de se laisser porter par la vague, pratiquant psittacisme et opportunisme, afin de profiter des effets de cette libération pour donner libre cours à leurs instincts, à défaut de chercher une réelle évolution. C'est en partie à cause d'eux que le mouvement s'est effondré, par manque de cohérence, par négligence, par manque d'adhérence.

  1. Puce A force de tout remettre en cause, beaucoup ne savaient plus à qui ni à quoi se raccrocher. Flipper (le verbe) commençait à faire des dégâts parmi les hippies.

Cette explosion de liberté, de créativité s'est faite de façon spontanée, sans se référer à une idéologie particulière, si ce n'est parfois  l'influence d'une spiritualité à l'orientale, mais sans structure, sans modèle, sans stratégie bien définies.

Ce manque de structuration associée à une dérive "toxicomaniaque", à certains comportements asociaux et désinvoltes d'une partie des hippies, et à une récupération parfois violente par le système en place, ont fini par dissoudre un mouvement qui s'essoufflait faute de concertation, de diplomatie, d'organisation, de maturité. Mais les bases étaient jetées....

Si pour certains, malgré les idées innovantes, les espoirs excitants, les expériences exceptionnelles, le mouvement hippy n'a aboutit à rien de façon durable sur le plan collectif, de nombreux changements éclos à l'époque et mis en exergue par le mouvement se sont développés par la suite...

  1. Puce Le mouvement hippy a laissé des traces indélébiles dans l'évolution des moeurs: le développement de la psychologie humaniste, de la psychologie positive, la libération de la femme et la montée en puissance du féminisme (qui se transformera malheureusement par la suite en lutte contre les hommes), la libéralisation de la contraception avec l'accès à la pilule (loi Neuwirth), la légalisation de l'avortement (loi Veil), ce qui a modifié profondément le rapport au corps et au sexe, la reconnaissance du droit à l'homosexualité (qui se transforme  plus tard en institutionnalisation avec le mariage pour tous), la prise de conscience de la nécessité de préserver la Planète et le développement de l'écologie, les prémices de la solidarité (qui se transformera parfois en communautarisme), l'évolution de la notion de couple et de la famille (qui s'est mutée en individualisation au point d'aboutir à l'isolement avec la multiplication des divorces, des familles monoparentales, à une certaine négligence à l'égard des enfants, et la mise à l'écart des "séniors"), la démocratisation (et dérive) du naturisme, la popularité du blue jean's, de la mini-jupe, et cette musique indémodable que nous écoutons inlassablement, que les enfants et les petits enfants écoutent encore, servant parfois de base à de nouveaux compositeurs à cours d'idées.


  1. Puce Si pour la majorité des gens, un hippy est un(e) jeune aux cheveux longs, habillé(e) de couleur vives, au pantalons "pattes d'eph", en sandales de cuir, tuniques indiennes ou minijupes, gilets afghans bariolés, avec des colliers et des bracelets de perles, parfumé au
    patchouli, avec des lunettes rondes à la John Lenon, qui fume des joints, suce du LSD, joue de la gratte, fait l'amour comme un lapin, de nombreux hippies étaient aussi des jeunes ordinaires, cheveux courts ou mi-longs, tee shirt et jean's, sandales ou baskets, propres par respect pour eux mêmes et pour les autres, n'ayant recourt à aucune drogue pour les mêmes raisons, capables d'aimer même si c'était plus librement, travaillant pour payer les études ou les voyages, responsables et autonomes. Nous appartenions au même mouvement, à la même culture.

Nos différences ne nous empêchaient pas de partager les mêmes idéaux. Nous allions aux mêmes concerts, aux mêmes manifestations contre la guerre, contre le nucléaire, contre les discriminations, pour l'écologie, nous lisions la même littérature, participions aux mêmes cours de yoga, fréquentions les mêmes communautés, allions dans les mêmes communautés naturistes, faisions la même Route.

Je suis parfois surpris de constater que certains "experts" aiment à jouer avec les différences et attribuer des étiquettes aux jeunes qui ont vécu cette période de l'intérieur. Ils ont contribué et contribuent encore à la caricaturisation des hippies.

  1. Puce Les idéaux et les revendications hippies portaient sur la conception matérialiste, mécaniste, et désenchantée du monde (pour reprendre une expression de Max Weber). Ils prônaient une réforme de la façon de voir et de vivre de chacun avant de passer par une refonte de la société.

Anticipant la société post-industrielle, ils posaient des questions de sens et de mode de vie, de rapports sociaux. Avec en prime le besoin de se réunir, d'être ensemble, de bouger physiquement et mentalement.

Ce qu'ils attendaient était qu'on les accepte comme ils sont, avec la fragilité d'une génération naissante, en leur accordant la liberté d'être ce qu'ils sont, dans un monde qu'ils souhaitaient non-violent, multiracial, multiculturel, multidimensionnel. A l'époque c'étaient des valeurs auxquelles on croyait et non des banderoles que l'on ressort lors de manifestations médiatisées.

40 ans après je ne trouve toujours pas que cela soit décalé, immature ni démodé. Ce serait même davantage d'actualité.

Même si beaucoup d'entre nous ont fait des expériences plus ou moins heureuses, beaucoup ont su en rester au stade de l'expérience et s'enrichir de tout ce que cette époque nous a permis de vivre, tout en développant des idéaux que nous défendons depuis le début, en les transformant en manières de vivre qui animent nos vies depuis 40 ans.

Je n'ai pas la prétention d'être exhaustif, ni de détenir "la vérité". J'ai vécu cette période, de l'extérieur et de l'intérieur.

A partir de mes expériences je souhaite simplement faire valoir que le mouvement hippy n'était pas juste une révolte "adolescente" contre la guerre, contre une classe sociale particulière, pas plus qu'il n'était une contre-culture ni une émanation de mai 68.

Les hippies ne sont pas tout ce que l'on a pu dire ou écrire à leur sujet, histoire de les ridiculiser. Ils ne sont pas non plus des soixante-huitards comme la plupart aiment à l'imaginer.

S'ils le pressentaient, ils ne sont pas responsables de ce que le monde est devenu ensuite. L'utopie euphorique des hippies va céder la place au désespoir des punks (no futur), à l'agressivité des rapeurs ( Rap = Rock Against the Police), à l'indifférence glaciale et extasiée des raveurs (rave = délirer) au conformisme des hipsters.

Avec les chocs pétroliers de 1973 et 1979, les nababs, les oligarques, les investisseurs, les banques et leurs traders, jouant sur le spectre d'une pénurie, vont prendre le pouvoir et diriger le monde, imposant le pouvoir de l'argent, de la spéculation, de l'obsolescence, et par conséquent de la surconsommation au monde entier.

Les "jeunes loups aux dents longues" vont mettre la planète à sac. La croissance à tout prix va devenir un credo mettant en addiction à la fortune nombre de politiques, d'actionnaires et au chômage bon nombre d'êtres humains. Tout est rentré dans l'ordre ! La progéniture des straights et leurs descendants semblent avoir repris la main. Aujourd'hui, c'est le monde de la finance qui impose sa loi et dirige le monde, allant jusqu'à créer des robots pour remplacer les humains afin d'assouvir leur besoin de domination et d'argent. Un robot revient moins cher et ne risque pas de les remettre en cause. Le comble étant les Japonais qui viennent de créer des partenaires virtuelles pour assouvir leurs fantasmes sexuels.

  1. Puce De baby-boomers "irresponsables" et "immatures", qui irritaient les générations précédentes, nous sommes devenus les papy-boomers retraités et inutiles qui gênent les générations suivantes. On nous traitait de "jeunes cons", on nous prend maintenant pour des "vieux cons", à qui il faut faire payer le privilège de vivre plus longtemps. Autrefois rejetés parce que nous étions jeunes, aujourd'hui maltraités parce que nous sommes vieux.

Mais au moins quelle "putain " de jeunesse nous avons eue, sans smartphone, sans iPad, sans playstation, sans wifi, sans Nutella, sans Kinder, et sans Macron.

Finalement nous sommes une génération qui a dérangé et dérange encore, que beaucoup auraient aimé ou aimeraient voir disparaître.

Force est de constater la façon dont le "système" gère nos retraites pour s'en rendre compte: ils n'ont pas prévu (souhaité) que nous vivions aussi longtemps, ce n'est pas faute d'avoir essayé de nous éliminer avec leurs poisons chimiques et leur malbouffe, en nous versant des pensions dérisoires par rapport aux cotisations prélevées (pendant que les actionnaires des caisses complémentaires et des mutuelles voient augmenter leurs dividendes), quand ils ne s'en prennent pas à ce qu'il reste de pouvoir d'achat et de qualité de vie en nous taxant sur nos assurances vie (prévoyance) et nos retraites. Macron et ses sous fifres (Alauzet and c°), purs produits du système financier dominant, nous reprochent d'être privilégiés pour nous imposer des taxes de "solidarité" supplémentaires !

https://www.contrepoints.org/2017/05/11/289095-macron-declare-guerre-aux-retraites

http://www.leparisien.fr/economie/les-retraites-d-aujourd-hui-font-partie-d-une-generation-doree-05-03-2018-7591059.php

A défaut de pouvoir nous éliminer, la nouvelle génération, lorsqu'elle lève la tête de ses écrans, semble consternée de constater que nous sommes nombreux à être "vieux" comme si c'était inattendu, occultant le fait que dans 40 ans c'est elle qui sera vieille. C'est vrai que lorsqu'on est riche, voire très riche, l'âge ne compte plus que ce soit en amours ou en affaires.

Je suis triste de constater que les politiciens professionnels et ceux qui les manipulent aiment créer et entretenir le conflit entre les générations, comme ils le font entre les communautés. Comme s'il n'était pas possible de vivre ensemble et de s'apprécier. Comme si nous n'avions rien à partager. Toutes les générations, toutes les cultures, ont tout à gagner dans le partage de leurs richesses.

La génération "Macron", avec sa propension à idolâtrer le "jeunisme laïc jacobin et capitaliste" semble déterminée à nous oublier, à nous faire disparaitre, occultant dans l'hystérie de leur jeunesse inaboutie qu'un jour ils seront "vieux" à leur tour, à moins qu'ils ne le soient déjà depuis longtemps !

En attendant ils laissent la plupart de nos parents et la plupart d'entre nous crever (à défaut de vivre) dans des conditions inadmissibles

https://www.nouvelobs.com/societe/social/20180516.OBS6752/le-comite-national-d-ethique-alerte-sur-la-ghettoisation-des-personnes-agees.html


  1. Puce Et pourtant :

-  Ce n'est pas nous qui sommes responsables de l'état dans lequel est la planète, ce n'est pas nous qui avons pillé les ressources naturelles de nombreux pays en voie de développement,

  1. -Ce n'est pas nous qui avons inventé la mondialisation, les délocalisations, le dumping, le lobbying et autres stratégies à l'origine d'une crise économique endémique (que l'on fait payer aux peuples) et d'un chômage massif accentuant le fossé entre les nantis et les pauvres. Ce n'est pas un hasard si les grosses fortunes ne se sont jamais autant enrichies que pendant les crises ! En un an de Macronie le nombre de très riches n'a jamais autant progressé en France. https://www.capital.fr/entreprises-marches/depuis-lelection-demmanuel-macron-le-nombre-de-millionnaires-francais-progresse-en-fleche-1312357

- Ce n'est pas nous qui avons créé l'agriculture intensive, l'élevage intensif et leurs produits toxiques imposant une malbouffe aux 3/4 de la planète, ce n'est pas nous qui avons inventé la modification génétique ni le brevetage du vivant. Ce n'est pas nous qui spéculons sur le blé, le riz, ce n'est pas nous qui vendons de la viande de cheval en la faisant passer pour du boeuf. Ce n'est pas nous qui spéculons sur les vaccins et les médicaments.

Contrairement à ce que l'on tente de faire croire, nous n'avons jamais été contre la croissance, ni dans une nostalgie systématique du passé. Nous questionnions ce que vise la croissance: le bien être de l'humanité ou celui d'une élite ?

Une croissance vers la qualité ou vers la quantité: Qu'est ce qui prévaut la vie ou l'argent ? Les humains ou les PDG et leurs actionnaires ?

Être ou Avoir ?

- Ce n'est pas nous qui avons géré les portefeuilles d'assurance et les caisses de retraites au point d'en arriver à un tel déficit au profit d'actionnaires (alors que la plupart d'entre nous ont cotisé plus de 40 ans, parce qu'on commençait à travailler plus tôt).

- Ce n'est pas nous qui avons appris aux enfants à devenir individualistes, insensibles, racistes (quelques soient leurs origines), avec des égos hypertrophiés, les mains et les cerveaux formatés par leurs consoles, leurs tablettes numériques ou leur smartphones.

- Ce n'est pas nous qui avons inventé les jeux "video" où la violence est devenue un jeu où l'on tue pour s'amuser. Ce n'est pas nous qui avons créé la télé-réalité où l'on gagne en éliminant les autres à défaut d'avoir de réelles compétences qui permettent de gagner.

- Ce n'est pas nous qui restreignons la liberté d'expression au point d'instituer une véritable censure dans les médias et sur les réseaux sociaux. Nos détracteurs étaient durs, mais souvent moins pervers que les critiques anonymes d'aujourd'hui qui pullulent sur les forums et les réseaux sociaux. Ils réagissaient parce que nous mettions leurs valeurs en danger. C'était frontal.

Aujourd'hui les censeurs réagissent dans l'ombre pour le plaisir de réagir, sans autre raison que de "caillasser" et de vom
ir.
  1. Puce De puissantes drogues ont fait leur entrée, créant de nouvelles addictions: smartphone, iPhone, iPad, facebook, twitter, instagram, periscope, ecstasy, yaba, MDMA, flakka, weed. Sur les campus américains, le viol sous GHB est tellement courant qu'un vernis à ongle révélateur va être mis au point (Undercover Colors) pour protéger les femmes. 

Les jeunes loups semblent possédés par leur image, l'argent et le pouvoir. S'ils ravent, ils ne rêvent plus ! Leur défonce ne pardonne pas, leur tendance au viol, au propre et au figuré, semble démontrer que le plaisir ne se partage plus, il se prend.

Leurs drogues ne font plus planer. Elles boostent et rendent speed ! On est loin d'être cool ! Leur nouvelle marijuana (weed) n'a plus rien à voir avec l'herbe qui faisait planer. A chaque joint ils mettent leur vie en danger.

La Chine "détergente" après avoir envahi le monde de ses produits copiés et frelatés, colonise d'autres pays, en même temps qu'elle inonde le monde de drogues de synthèses plus dangereuses encore que celles que nous avons connues (Flakka, 4-MEC et autres merdes)     http://www.slate.fr/monde/77330/chine-trafic-drogue


Steve Jobs a joué au guru visionnaire en mettant les 3/4 du monde en addiction à sa stratégie marketing et à ses produits connectés, faisant de l'obsolescence une divinité, gérant son entreprise comme une secte, en veillant à payer le moins d'impôts possible (Luxleaks)

Apple et Microsofts changent de système et de produits régulièrement, créant de nouvelles "appli" toutes les semaines, afin de vous obliger à acheter encore et encore, au risque d'être rapidement dépassées, obsolètes, dans l'impossibilité d'utiliser les produits des années précédentes. Ils ont transformé leurs entreprises en campus new age et leurs employés en dévots lobotomisés, dernière génération d'humains avant la robotisation radicale. Le film The Circle (2017) montre assez fidèlement comment cela fonctionne.

De nombreuses "artistes" féminines pratiquent le booty shake et le twerking dans leurs spectacles, les nudies sur leurs comptes facebook, ou instagram, à l'instar de certaines potiches qui foulent le tapis rouge des festivals, à moitié nues, comptant davantage sur leur plastique et le sex appeal que sur un réel talent, contribuant à entretenir une image de la femme gadget avant de "balancer leurs porcs" ou leur "me-too"..

Grâce aux réseaux dit sociaux, et à Internet, l'impudeur dépasse ce que nous avons vécu: la nudité devient crue, triste et vulgaire, l'intimité devient un show, la violence et la barbarie s'exhibent, les tabous explosent, le voyeurisme devient un mode de vie général.

Les SAD parties (Sex Alcool Drogues) les chemsex sont une nouvelle façon de se distraire à grand renfort de produits chimiques transformant "l'amour libre" en orgies mécaniques, souvent défoncées, les DJ se contentant de stimuler les mouvements de bassins sur un rythme tristement binaire qui s'apparente étrangement à la nouvelle façon de penser. Les nouvelles générations ne connaissent même plus les émotions que procurait un slow.

Les selfies font la promotion de corps devenus gadgets, Narcisse a pris le pouvoir. 1 adolescent(e) sur 4 publie des photos de son anatomie sur les différents réseaux sociaux, nudies, underboob, underbutt etc...

Nous sommes loin du sexe joyeux et de la tendresse d'Alex Comfort !   

Même les gosses se filment en train de violer une copine dans les wc du collège, de tabasser un copain dans la cour de récréation !

A longueur de journée, les "jeunes loups" se photographient et filment les autres avec leurs portables, sans aucun respect pour le droit à l'image, la vie privée, sans respect pour les autres et encore moins pour soi-même. Aucune pudeur, aucune responsabilité, aucune créativité !

Le principal étant d'alimenter leur compte facebook, instagram, twitter ou periscope d'images qui rapportent des "lecteurs" et des commentaires.

Certains psychopathes et pervers narcissiques vont jusqu'à publier leurs clips d'incitation à la haine raciale(Nick Conrad), leurs vidéos d'agressions violentes, d'agressions sexuelles, de rapports sexuels (sextape), des vidéos de paris et de chalenges stupides comme les ice and salt, voire de suicide en direct. Il y a des "lecteurs" qui aiment ça, facebook, twitter, periscope devenant complices sans filtre d'une génération de voyeurs-exhibitionnistes en quête de sensationnel à défaut d'avoir une vie intéressante, en toute légalité, au nom de la liberté  !

D'autres névropathes filment des scènes d'horreur comme lors de l'attentat de Nice du 14/07/2016 où des jeunes et des adultes ont été vus en train de filmer des blessés et des cadavres gisants sur le sol. C'est typique de cette génération et de certaines cultures !

http://www.metronews.fr/info/facebook-la-video-de-l-agression-d-une-jeune-femme-fait-scandale/mokd!tLInHkXhla8k/

http://www.lepoint.fr/justice/video-de-viol-sur-facebook-deux-jeunes-mis-en-examen-05-01-2016-2007313_2386.php

http://www.leparisien.fr/faits-divers/prison-a-vie-pour-2-adolescentes-britanniques-qui-ont-torture-a-mort-une-femme-07-04-2016-5694667.php

http://www.leparisien.fr/essonne-91/suicide-sur-periscope-oceane-la-mort-en-direct-12-05-2016-5788331.php

Dans les années 70/ 80/ 90 les femmes faisaient du topless sur les plages parce qu'elles avaient retrouvé le droit et la liberté d'être elles-mêmes. En dehors des quelques "malades habituels" personne ne les importunait. On parlait d'évolution de moeurs, de libération.

Dans les années 2010/2020 il n'y a pratiquement plus de femmes qui font du topless sur les plages parce qu'elles se font photographier sans leur consentement par les fanatiques du smartphone et agresser par les machos qui pullulent depuis quelques années, notamment ceux issus d'une "culture" méditerranéenne. On pourrait dire qu'il s'agit de régression, voire de décadence.

Dans les années 2000 et ultérieures, la France est devenue un pays où l'on tue et viole au moins une femme par jour. Pas de quoi pavoiser. Cela ne semble pas affoler la classe politique davantage préoccupée par sa carrière et la croissance économique.

Je ne nie pas que le téléphone mobile et les réseaux sociaux peuvent être utiles dans certaines circonstances, mais ce n'est malheureusement pas une généralité ! Tout dépend de l'usage que l'on en fait, et à ce niveau nombreux sont ceux qui n'ont plus d'éthique.

Le fait de ne plus avoir besoin d'appareil photo, voyant, encombrant, le fait de ne plus être obligé de porter une pellicule à développer chez le photographe qui était un frein aux dérives, le fait d'accéder à l'anonymat, ont complètement modifié la culture de l'image et le rapport à la photographie, au point de les vider de leur esthétisme, de leur éthique, de modifier profondément des valeurs en désacralisant l'intimité, en transformant tout en spectacle, en divertissement. Quand en plus on se gargarise du nombre de lecteurs, on atteint le sommet de la perversité narcissique: des tordus se délectent des déjections que d'autres tordus déversent.

La prolifération exponentielle de flaming sur tous les forums en général, de trolls sur les réseaux sociaux (comme lors de différents attentats terroristes) me confortent dans l'impression que les nouvelles générations comportent beaucoup plus de "pervers" que les précédentes.   http://www.liberation.fr/france/2016/07/15/nice-identifier-les-rumeurs-eviter-les-videos-choquantes_1466284

L'anonymat du sniper, du troll, du flameur est la "force par défaut" des gens qui ont peur, dont les valeurs sont altérées ou inexistantes.

Kamel Daoud en a fait un article: "La dictature des pseudonymes. Les réseaux sociaux sont devenus des tribunaux d'inquisition, un lieu où s'exercent de nouvelles violences.  Moins on y est célèbre, plus on y détient de pouvoir. Etrange champ des contraires: le réseau est la liberté donnée à beaucoup de refuser la liberté de chacun". le Point - avril 2019 -n° 2434

Grâce au tout numérique tout le monde est "connecté" en permanence, mais plus personne ne semble capable de communiquer ni de vivre ensemble harmonieusement et pacifiquement. La génération des millénials et celle qui la suit sont sourdes: les oreilles bouchées par les écouteurs, aveugle: les yeux rivés sur des écrans, muette: ne sachant communiquer que par SMS, émoticones et abréviations, 24h/24h, sans identité puisque anonyme.

Les mots "solidaire, équitable, durable" sont "tendance" alors que la majorité du monde "crève" d'individualisme et d'injustice. Nous jetons 1 200 000 tonnes de nourriture en 2014 rien qu'en France, cherchez l'erreur !

Quand ils(elles) seront tou(te)s chanteur(euse)s ou D.J., footballeurs, dirigeants de startup, coachs en communication ou en fitness, ou directrices de ressources humaines, qui fera du bon pain au levain ? qui fera pousser des vrais légumes ? qui composera de jolies chansons ?

Jacques Ellul écrivait déjà en 1988: "Sans penser que demain, peut-être, savoir cultiver un bout de terrain, allumer un feu de bois et faire des pansements corrects seront plus utiles que tapoter sur un clavier". Le bluff technologique - Hachette littérature -2004

Un vieux dicton: "Quand ils auront coupé le dernier arbre, pollué le dernier ruisseau, pêché le dernier poisson, alors ils s’apercevront que l’argent ne se mange pas".

Il y a des gens que cela arrange que nous soyons une génération qui dérange ! Pendant ce temps on les remarque moins ou on ne parle pas d'eux... ils aiment tellement croire qu'ils sont/font mieux les autres !

Sans forcément prôner un retour en arrière, j'éprouve une certaine nostalgie de l'époque où nous rêvions que la guerre était loin, que nous allions pouvoir vivre libres, en paix, en harmonie, dans la tolérance, avec l'intelligence du coeur, à l'abri du mercantilisme.

Ce fut une utopie, une belle utopie. Je suis heureux de l'avoir vécue, d'en avoir tiré des valeurs qui me guident, et je ne changerai de génération pour rien au monde, même s'il m'arrive de ne plus savoir comment m'adapter à ce qui se passe aujourd'hui.

Nous avons commis des erreurs, à la différence de celles que font les générations actuelles, ce fut avec avec beaucoup d'amour et d'espoir, et nous ne le faisons pas payer aux générations à venir.

  1. Puce Vivre cette expérience m'a appris une chose importante: la majorité des humains sont hantés par la peur : la peur de mourir, la peur de vivre, la peur d'être soi-même, la peur de manquer, la peur de l'autre, la peur de la différence, la peur de dire, la peur de ne pas être d'accord, la peur d'être jugé, la peur de ne pas être aimé, la peur de l'indifférence, etc..même ceux qui pensent ne pas avoir peur se comportent comme s'ils avaient peur d'avoir peur et que cela se remarque.

Les religions nous inculquent la peur du péché, de la faute, de la damnation et la peur des incroyants (même le "bouddhisme populiste" avec son interprétation du karma joue sur la peur de payer pour des actions commises), la médecine et l'industrie pharmaceutique jouent sur la peur de la mort et de la maladie, sur la peur de vieillir, les assurances surfent sur la peur des accidents, des inégalités, de l'insécurité, les médias jouent avec toutes les peurs qui font de l'audience: catastrophes, famines, terrorisme, épidémies, délinquance, déviances et violences, conformisme, la société "à pensé unique" joue avec la peur d'être condamné, marginalisé, exclu si on ne pense pas comme elle, les multinationales et les banques jouent avec la peur de la pénurie, la peur de manquer, les politiques nous font peur de l'avenir au cas où ce serait un autre parti qui arrive au pouvoir, les entreprises et les patrons jouent sur la peur de perdre un emploi et la peur du chômage, les proches jouent sur la peur d'être abandonné, rejeté, de ne pas être aimé.

Depuis le début du 21ème siècle, des psychopathes sèment la terreur un peu partout, à l'échelle d'un quartier, d'une ville, d'un pays, de plusieurs continents, imaginant soumettre l'environnement et l'humanité à leur soif de domination, à leur estime de soi défaillante, à leur perversité narcissique, transformant chacun d'entre nous en cible potentielle. Les médias contribuant à ce qu'ils deviennent le décor permanent de notre quotidien. Comme si le monde n'était plus que terrorisme, catastrophes, épidémies !

La peur est un moyen extraordinaire de contrôle et de pression pour altérer les libertés et rendre les gens prévisibles.

La peur est très souvent à l'origine de violence, que l'on retourne contre soi et contre les autres.

  1. Puce Ne plus avoir peur permet de retrouver la liberté.

  2. Puce Ne plus avoir peur et être libre rend suspect, voire dangereux, aux yeux d'un système.

  3. Puce Ce n'est qu'en étant nombreux à ne plus avoir peur et à vivre libres que nous pourrons évoluer et faire bouger le monde.

  4. Puce Il va falloir beaucoup de courage, de détermination et d'amour pour affronter ce qui attend les générations futures.